Intraduisible
tohu vavohu
תֹהוּ וָבֹהוּ
sans ordre ni fonction ni habitant
Prononciation
to-HOU va-vo-HOU — 2 mots, chacun accentué sur sa dernière syllabe, qui est la règle générale (§2.12).
Un chantier abandonné avant d'être commencé. Les matériaux sont là, en tas, sous la pluie. Rien ne manque, et pourtant il n'y a pas de maison — pas parce qu'il manquerait de la matière, mais parce que rien n'a encore de place.
C'est l'état que le deuxième verset décrit, et le français le rend d'ordinaire par « informe et vide », ce qui fait penser au néant. Il ne s'agit pas de néant. Il s'agit de quelque chose qui est présent matériellement et inexistant fonctionnellement — là, et sans emploi.
Cette distinction est peut-être la plus difficile à faire passer, parce que nous n'en avons pas besoin. Pour nous, exister c'est être là ; le reste est décoration. Pour l'homme qui écrit ce texte, être là ne suffit pas : une chose existe quand elle est délimitée, nommée, assignée. Sans bord, sans nom, sans office, elle n'est encore rien — comme une pièce dans un bâtiment dont personne ne sait à quoi elle sert.
D'où la suite, qui n'est pas une fabrication mais une mise en ordre. ʾElohim sépare, délimite, nomme, assigne — et à chaque geste quelque chose entre dans l'existence. Rien n'est ajouté au tas de matériaux : de l'ordre est ajouté, et l'ordre suffit.
Les deux mots reviennent ensemble beaucoup plus tard, chez un naviʾ, pour dire ce qu'un pays devient sous le jugement : la terre redevient tohu vavohu (tohu vavohu / תֹהוּ וָבֹהוּ). Ce n'est pas qu'elle soit rasée — c'est que plus rien n'y tient sa place. Les villes sont là, les champs sont là, et le pays a cessé de fonctionner.
Le mabbul raconte la même chose en action : quand la séparation des eaux lâche, le monde ne disparaît pas, il retourne à l'indistinct. C'est pourquoi le récit du retrait des eaux reprend, geste pour geste, le vocabulaire du premier chapitre. Il faut refaire ce qui avait été fait : non pas produire, mais séparer et assigner de nouveau.
Source
8414 + 922 · תֹהוּ וָבֹהוּ