La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

choshekh

חֹשֶׁךְ

Ténèbres

Prononciation

cho-SHEKH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le ch est un het : serre le fond de la gorge comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Jamais le « ch » de « chat », qui se fait avec la langue à l'avant.

Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.

Le kh est un khaf : frottement contre le palais mou — le ch de l'allemand Bach. Ni un k, ni un « ch » de « chat ».

Ferme les yeux dans une pièce que tu connais : tu sais encore où sont les murs. Descends maintenant dans une grotte, éteins, attends. Au bout d'un moment, ce n'est plus une pièce sombre — c'est un espace sans bords. Tu ne sais plus si tu peux tendre le bras.

C'est cela, le choshekh (choshekh / חֹשֶׁךְ). Non pas l'obscurité comme diminution de lumière, mais l'impossibilité de distinguer quoi que ce soit — donc l'impossibilité qu'il y ait des choses, puisque une chose est ce qui a une limite.

Il faut résister à en faire un principe. Notre imaginaire a fait des ténèbres une puissance : le royaume du mal, l'adversaire de la lumière, deux forces qui se disputent le monde. Rien de tel ici. Le choshekh n'est le sujet d'aucun verbe, il ne veut rien, il ne combat pas. Il est l'état d'avant la séparation, exactement comme le tohu vavohu et comme le tehom, ces eaux sans fond où rien n'a de bord.

Et le texte ne le supprime pas. C'est le détail qu'on ne remarque jamais : ʾElohim ne fait pas disparaître le choshekh — il sépare la ʾor d'avec lui, puis il le nomme nuit. Ce qui était sans limite reçoit une place et un office. La nuit n'est pas un reste de chaos toléré : c'est du choshekh assigné, devenu la moitié d'une alternance qui fait le temps.

Ce qui donne son poids au mabbul, où les eaux se rejoignent, et à ces passages des neviʾim où le jugement se dit par un retour du choshekh sur un pays. Il ne s'agit pas d'une nuit qui tombe : il s'agit de limites qui lâchent — d'un monde qui cesse d'être distinguable, donc habitable.

Source

2822 · חֹשֶׁךְ