Chapitre 12
Bereshit 12:1-20
Bereshit 12
Bereshit 12
Lekh-lekha — l'appel et la promesse
Et YHWH formula à ʾAvram : « Va vers toi-même (lekh-lekha / לֶךְ-לְךָ) [lekh-lekha — impératif lekh (va) + pronom réflexif lekha (à/pour/en toi). La construction est délibérément ouverte : "va pour ton propre bien", "va vers toi-même", "va en toi-même" — un départ géographique qui est simultanément un voyage intérieur. Le texte ne résout pas la tension entre les deux lectures : elles sont disponibles ensemble dans l'hébreu, et le lecteur est invité à les porter ensemble] — de ta terre (meʾartsekha / מֵאַרְצְךָ) [trois morceaux collés : me- (depuis) + eretz (le domaine, le pays) + le suffixe qui te désigne. Depuis ton pays à toi, et l'ordre du verset va du plus large au plus intime — pays, parenté, maison du père], de ta terre natale (mimoladetekha / וּמִמּוֹלַדְתְּךָ) [moladet — le lieu de naissance, la provenance, ce à quoi on appartient par naissance. Triple séparation en ordre d'intimité croissante : la terre (la plus large), la naissance (la plus proche), la maison du père (la plus intime). ʾAvraham quitte le plus vaste d'abord et le plus intime en dernier] et de la maison de ton père — vers l'ʾeretz (haʾaretz / הָאָרֶץ) que je te ferai voir (ʾasher ʾarʾekha / אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ) [arʾekha — futur de raʾah : je te ferai voir, pas "que je t'indique". La destination n'est pas nommée — elle sera révélée. ʾAvraham est appelé à partir vers ce qu'il ne voit pas encore. L'obéissance précède la connaissance]. »
« Et je ferai de toi une grande nation (goy gadol / גּוֹי גָּדוֹל) [« je ferai de toi » — asah, le verbe de la mise en place concrète (§3.1). YHWH ne promet pas à ʾAvram qu'il deviendra un goy : il dit qu'il le fera, comme on fabrique une chose qui n'existait pas. Le même verbe reviendra au v.5 pour les Nefesh qu'ʾAvram avait mises en place à Charan — il fait à petite échelle ce qui lui est promis en grand] [goy gadol — un grand peuple. Le même goy que les goyim de Bereshit 10 : les peuples des nations. ʾAvraham est appelé à devenir lui-même une nation parmi les nations — mais une nation dont le Shem viendra de YHWH], et je te doterai [vaʾavarekhekha — barakh au piel, avec le suffixe : « je te doterai, toi ». Le verbe qui avait doté le vivant au cinquième jour, puis Noach après le mabbul, se resserre ici sur un seul homme. C'est la même capacité déposée, et elle passe d'une espèce entière à un nom propre] et je ferai grand ton Shem (vaʾagadlah shemekha / וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ) [agadlah shemekha — je ferai grand ton Shem. L'écho de Bavel est immédiat : en Genèse 11:4, l'humanité voulait se faire un Shem par ses propres moyens. Ici YHWH promet de faire grand le Shem d'ʾAvraham — le Shem durable est celui que YHWH donne, non celui que l'humain se forge] — et sois une dotation (vehyeh berakha / וֶהְיֵה בְּרָכָה) [vehyeh berakha — "sois une dotation" : impératif. ʾAvraham ne reçoit pas seulement la dotation — il est appelé à en être le vecteur. La dotation le traverse pour atteindre les autres]. »
« Et je doterai ceux qui te dotent (mevarakhekhah / מְבָרֲכֶיךָ) [de barakh (בָּרַךְ) — doter, au piel, avec le suffixe : ceux qui te dotent. Un participe pluriel, là où la seconde moitié du verset emploiera un singulier — l'hébreu distingue le nombre de ceux qui dotent de celui qui retire], et celui qui retire de ta kavod (meqalelkha / וּמְקַלֶּלְךָ) [meqalel — de qalal : retirer de la kavod, alléger le poids fonctionnel. Même terme établi en Genèse 8:21. L'alliance d'ʾAvraham est protégée par la même logique kavod/qallel qui structure le cosmos : toucher à ʾAvraham c'est toucher au tissu de l'ordre] — je retirerai de la sienne. Et toutes les familles de l'ʾadamah (kol mishpechot haʾadamah / כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה) [kol mishpechot haʾadamah — toutes les familles de l'ʾadamah, le sol concret. Non pas haʾarets (la Terre politique) mais haʾadamah (la glaise, le substrat humain originel) — les familles humaines dans leur dimension primordiale, issues de l'ʾadamah comme l'ʾAdam lui-même] seront dotées en toi (niverekhu vekhah / וְנִבְרְכוּ בְךָ) [niverekhu — niphal de barakh. La forme hébraïque est délibérément ouverte : passive ("seront dotées par toi / en toi" — la dotation passe à travers ʾAvraham vers les nations) ou réflexive ("se doteront par toi" — les nations invoqueront le Shem d'ʾAvraham comme formule de dotation). Le texte hébreu ne tranche pas — les deux lectures sont disponibles. La Septante, suivie par les écrits apostoliques (Galates 3:8 ; Actes 3:25), a retenu la lecture passive : témoignage de la réception du texte, non résolution de l'ambiguïté hébraïque] »
Avraham en Kenaʿan
Et ʾAvram alla (vayelekh / וַיֵּלֶךְ) [vayelekh — il alla. Même racine que lekh-lekha : la parole de YHWH produit le mouvement immédiat, sans délibération rapportée. La réponse fonctionnelle à la parole divine est l'acte] comme YHWH le lui avait formulé — et Lot (Lot / לוֹט) [Lot — neveu d'ʾAvram, fils de Haran mort à Ur. Son Shem porte l'enveloppement et l'opacité] alla avec lui. Et ʾAvram avait soixante-quinze ans quand il sortit de Charan [soixante-quinze ans au moment du départ. Non pas un jeune homme — la rupture de lekh-lekha n'est pas l'élan de la jeunesse mais la réponse d'une vie déjà accomplie. Le départ vers l'inconnu à cet âge amplifie la portée fonctionnelle de l'appel].
Et ʾAvram prit Sarai sa ʾIshah et Lot fils de son frère et tous les biens qu'ils avaient rassemblés (rekhousham / רְכוּשָׁם) [rekhoush — les biens accumulés, les richesses de la maisonnée. Terme de l'accumulation fonctionnelle] et les Nefesh qu'ils avaient mises en place (hanefesh asher asu / הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר-עָשׂוּ) [hanefesh asher asu — les Nefesh qu'ils avaient mises en place (asah). Le terme asah appliqué à des Nefesh humaines est inhabituel — il dit qu'ʾAvraham a constitué un groupe humain fonctionnel autour de lui à Charan, des êtres incorporés dans sa maisonnée et sa sphère d'existence. Le texte ne précise pas la nature de ce lien] à Charan — et ils partirent vers le pays de Kenaʿan. Et ils arrivèrent au pays de Kenaʿan [le verset dit deux fois « le pays de Kenaʿan » : une fois pour le but, une fois pour l'arrivée. En *Genèse* 11:31, Terach était sorti d'Ur avec exactement la même destination — et le verset s'y était arrêté à Charan, sans jamais écrire l'arrivée. Ici la phrase se referme : le même chemin, cette fois parcouru].
Et ʾAvram traversa (vayaʿavor / וַיַּעֲבֹר) [vayaʿavor — de avar (עָבַר) : traverser, passer. Même racine qu'Ever et ivri (l'Hébreu). ʾAvraham traverse le pays qu'il n'a pas encore reçu — il est l'ivri, celui qui traverse] dans le pays jusqu'au lieu de Shekhem (maqom Shekhem / מְקוֹם שְׁכֶם) [Shekhem — carrefour central de Kenaʿan. Lieu qui réapparaîtra dans les récits de Yaaqov (Bereshit 33-34). Le maqom (le lieu) a une résonance sacrée dans tout Bereshit — là où YHWH se manifeste], jusqu'au chêne de Moreh (ʾelon Moreh / אֵלוֹן מוֹרֶה) [elon Moreh — le chêne / térébinthe de l'enseignement (moreh : celui qui enseigne, qui révèle). Lieu de révélation dans les traditions du Proche-Orient ancien — ʾAvraham s'arrête précisément là] — et le Kenaʿani (Kenaʿani / הַכְּנַעֲנִי) était alors dans le pays [vav simple + phrase nominale sans verbe : une coordonnée plate, posée à côté du reste et non rangée dessous. Le singulier à l'article vaut pour le peuple entier — celui de la table des nations de *Bereshit* 10. Le pays promis est déjà habité : le texte le pose et n'en dit rien de plus].
Et YHWH se laissa voir (vayeraʾ / וַיֵּרָא) [vayera — niphal de raʾah : se laisser voir, se révéler. Non pas "descendre" comme en Genèse 11:5 — YHWH se manifeste. Premier emploi de cette forme pour une apparition divine directe à un individu. Ce mode de rencontre traversera tout le récit des patriarches] à ʾAvram et formula : « À ta descendance (lezarʿakha / לְזַרְעֲךָ) [zera — la semence, la descendance. De zara (semer) : ce qu'on plante qui produit après soi. Premier emploi du terme central de tout le récit d'ʾAvraham — et premier emploi dans ce contexte d'une stérilité déclarée. La semence promise, là où la racine est arrachée] je donnerai cette ʾeretz. » Et il bâtit là un autel (mizbeach / מִזְבֵּחַ) à YHWH qui s'était laissé voir à lui [premier autel d'ʾAvraham — premier acte cultuel accompli dans le pays promis. Le pattern est établi : YHWH se révèle → ʾAvraham bâtit un autel. La réponse à l'apparition est toujours un acte d'ancrage dans le lieu].
Et il déplaça [vayaʿteq — de ataq (עָתַק), déplacer, faire lever ce qui était posé, à la forme causative. Le verbe n'a pas de complément dans l'hébreu : ce qu'on déplace va de soi quand on vit sous la tente. ʾAvram ne déménage pas, il défait un campement — et il le refera à chaque étape du pays qu'on lui a promis sans le lui donner] de là vers la montagne à l'orient de Bet-El (Bet-El / בֵּית-אֵל) [Bet-El — "maison d'ʾElohim". Lieu qui prendra toute son importance quand Yaaqov y recevra la vision de l'échelle en Bereshit 28. ʾAvraham y plante déjà un autel], et il tendit sa tente (vayet ʾaholoh / וַיֵּט אָהֳלֹה) [de natah (נָטָה) — tendre, incliner, le geste de qui déploie une toile sur ses perches. La proposition manquait au français : l'hébreu la porte, et la glose de Ai la mentionnait déjà — l'apparat disait ce que le corps taisait] — Bet-El à l'occident et Ai (haʿAi / הָעַי) [Ai — « le tas de ruines ». Le Shem de la ville dit ce qu'elle est ou ce qu'elle deviendra : c'est elle que Yehoshua réduira en monceau après Yericho. ʾAvram plante sa tente entre la maison d'ʾEl et le tas de ruines, et le texte se contente de donner les deux points] à l'orient — et il bâtit là un autel à YHWH et il invoqua par le Shem de YHWH (vayiqraʾ beshem YHWH / וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה) [vayiqra beshem YHWH — il invoqua par le Shem de YHWH. Même formule qu'en Genèse 4:26 où la lignée de Shet "commença à invoquer le Shem de YHWH". ʾAvraham continue ce mouvement d'invocation — et il l'ancre dans le pays même de la promesse].
Et ʾAvram leva le camp (vayyisaʿ / וַיִּסַּע) [de nasaʿ (נָסַע) — arracher les piquets de tente, et par extension lever le camp. Le verbe du nomade : on ne part pas, on déplante. Il reviendra à chaque étape d'ʾAvram] allant et progressant (halokh venasoaʿ / הָלוֹךְ וְנָסוֹעַ) [halokh venasoa — infinitifs absolus en succession : aller-en-allant et progresser-en-progressant. Forme hébraïque d'intensité qui dit le mouvement continu et orienté, non un acte ponctuel] vers le Négev (hanegev / הַנֶּגֶב) [hanegev — le midi, la zone aride entre Kenaʿan et Mitsrayim. De nagav (essuyer, tarir) : ce qui est desséché. ʾAvraham descend progressivement vers Mitsrayim — le mouvement géographique anticipe le récit suivant].
La descente en Mitsrayim
Et il y eut une famine (raʿav / רָעָב) [raʿav — le manque de nourriture du pays. Non pas raʿ (dysfonction structurelle) malgré la proximité sonore — raʿav est la rupture fonctionnelle de l'alimentation. Premier épisode de famine dans le récit d'ʾAvraham — une menace qui le force à quitter le pays promis] dans le pays — et ʾAvram descendit vers Mitsrayim (Mitsrayim / מִצְרַיִם) [on descend toujours vers Mitsrayim et l'on en monte : yarad et alah règlent tout le mouvement du corpus entre ces deux pays, et l'hébreu écrit ici un seul mot — Mitsraymah, le nom plus le he qui dit « vers ». Le premier de la lignée à descendre le fait pour une famine, comme le feront ses fils] pour y séjourner comme étranger (lagur / לָגוּר) [gur — séjourner comme étranger résident sans appartenir, sans droits d'habitant. De ger (l'étranger résident) — statut qui définira les fils d'Israël en Mitsrayim bien plus tard. ʾAvraham descend en Mitsrayim comme ger : de passage, vulnérable, sans ancrage], car la famine était lourde (kaved / כָבֵד) [kaved — lourd. Même racine que kavod : la famine a du poids, elle pèse sur le pays fonctionnellement] dans le pays.
Et il advint, quand il fut sur le point d'entrer en Mitsrayim [hiqriv lavo — « il fit approcher son entrée », de qarav (קָרַב) : s'approcher, à la forme causative. L'hébreu ne dit pas qu'il approchait, il dit qu'il faisait approcher la chose : la frontière n'est pas venue à lui, il l'a fait venir. C'est le dernier moment où il peut encore ne pas entrer], qu'il formula à Sarai sa ʾIshah : « Voici donc — je sais que tu es une ʾIshah belle d'apparence (yefat-marʾeh / יְפַת-מַרְאֶה) [yefat marʾeh — belle dans ce qu'on voit d'elle : yafah (belle) + marʾeh (le regard, l'apparence visible). Premier emploi de yafah dans l'ONT — la beauté comme réalité fonctionnelle que les autres voient et à laquelle ils réagissent].
Et il arrivera que les Mitsrim te verront et diront : "C'est sa ʾIshah" — et ils me tueront [harag (הָרַג) — le verbe de Qayin : c'est celui-là même qu'emploie *Bereshit* 4 quand il se lève sur son frère dans le champ. Il ne dit ni exécution ni combat, il dit l'homme qui en abat un autre. ʾAvram l'emploie de lui-même, pour ce qu'il redoute qu'on lui fasse] et toi ils te laisseront en vie [« ils te laisseront en vie » — chayah à la forme intensive : « ils te feront vivre ». Le même verbe que celui de la vie même, retourné en décision d'un autre. Les deux moitiés du verset se tiennent : l'un est tué, l'autre est gardée vivante, et c'est la même main qui fait les deux].
Dis donc : "Tu es ma sœur" (ʾachoti ʾat / אֲחֹתִי אַתְּ) [achoti — ma sœur. ʾAvraham invoque un lien réel (demi-sœur selon Genèse 20:12) pour couvrir le lien principal. Le texte ne juge pas la demande — il la rapporte. La tension entre la survie et la vérité est posée dans le récit sans commentaire moral : c'est au lecteur de la porter] [verbe de parole + phrase nominale nue, sans aucune particule : ʾimri naʾ ʾachoti ʾat, mot à mot — dis donc, ma sœur toi. C'est la construction du v.12 et du v.19, et les trois se rendent de la même façon. Ce qui change d'un verset à l'autre est la deixis : ici la phrase est à la seconde personne — ʾat, toi au féminin —, quand les Mitsrim (v.12) et Parʿoh (v.19) parleront d'elle à la troisième. ʾAvram fait dire à Sarai des mots qui la désignent là où elle se tient ; ceux qu'on lui rapportera la désigneront de loin] — pour que cela aille bien pour moi [« que cela aille bien » — yitav, de la racine de tov : que du tov me soit fait. ʾAvram demande pour lui l'ajustement qu'il n'obtient qu'en défaisant l'ajustement de sa maison. Le verbe reviendra au v.16, sous la forme causative et dans la bouche du récit : c'est Parʿoh qui lui fera ce tov] à cause de toi et pour que ma Nefesh (nafshi / נַפְשִׁי) vive grâce à toi. »
Et il advint qu'ʾAvram entra en Mitsrayim — et les Mitsrim virent l'ʾIshah, qu'elle était très belle [tout le passage tient sur un seul verbe, raʾah : ʾAvram sait qu'elle est « belle à voir » (v.11), il prévoit qu'ils la verront (v.12), ils la voient (v.14), les sarim la voient (v.15). Quatre regards en cinq versets, et aucun n'est celui de YHWH — le regard qui examine et constate le tov de *Bereshit* 1 est absent de la scène, jusqu'à ce qu'il frappe au v.17].
Et les ministres de Pharaon (sarei Parʿoh / שָׂרֵי פַרְעֹה) [sarei Paro — les sarim (ministres, chefs, souverains) de Pharaon. Sar — même racine que le Shem de Sarai ("ma souveraine") : les sarim de Pharaon la voient et la louent. L'étymologie résonne dans la scène] la virent et la louèrent devant Pharaon (Parʿoh / פַּרְעֹה) [Parʿoh — Pharaon. Titre royal de Mitsrayim (pr-ʿ3 : la grande maison). Première occurrence dans l'ONT — personnage et institution qui domineront tout le récit de Shemot] — et l'ʾIshah fut prise dans la maison de Pharaon [« fut prise » — l'hébreu met le verbe au passif et ne nomme personne : ni Parʿoh, ni ses sarim, ni ʾAvram. Depuis le v.11, chacun a parlé, prévu, loué ; à l'instant où elle est emmenée, la phrase n'a plus de sujet. C'est la seule chose que le récit refuse d'attribuer à quelqu'un].
Et il traita bien ʾAvram [heitiv — la racine de tov à la forme causative : « il fit du tov ». ʾAvram avait demandé au v.13 que cela aille bien pour lui ; c'est Parʿoh qui le lui fait, et à cause d'elle. La demande est exaucée à la lettre et par la mauvaise main] à cause d'elle — et il eut un troupeau et des bovins et des ânes et des serviteurs et des shefachot [« servantes » — shefachot, pluriel de shifchah : les femmes attachées à la sphère d'une ʾishah, non des employées. Le texte ne nomme aucune d'entre elles. Mais c'est de Mitsrayim que viendra Hagar, la shifchah de Sarai (*Genèse* 16:1) — le récit ne fait pas le lien, il le laisse possible] et des ânesses et des chameaux.
Et YHWH frappa Pharaon de grandes plaies (negaʿim gedolim / נְגָעִים גְּדֹלִים) [le verbe et son propre nom, accolés : vayenagaʿ… negaʿim, « il frappa de frappes ». L'hébreu redouble ainsi pour dire le coup porté à fond. C'est la tournure même des bâtisseurs de *Bereshit* 11, qui « brûlaient à la brûlure » — elle revient ici dans l'acte de YHWH, sur le premier roi que le corpus nomme] [negaʿim — coups, plaies. Premier emploi dans l'ONT. Le même terme désignera les plaies de Mitsrayim en Shemot — et ce n'est pas une coïncidence : YHWH frappe Pharaon ici pour la ʾIshah d'ʾAvraham, comme il frappera Mitsrayim entière pour la liberté de la descendance d'ʾAvraham. La structure narrative de Bereshit 12 anticipe Shemot comme un écho en miniature] — et sa maison — à cause de Sarai, la ʾIshah d'ʾAvram.
Et Pharaon appela ʾAvram et formula : « Qu'est-ce que tu m'as fait là [mah zot asita — les mots exacts que YHWH ʾElohim adresse à Chavah en *Genèse* 3:13, et presque ceux qu'il adresse à Qayin en 4:10. C'est la formule par laquelle celui qui a autorité ouvre l'enquête : elle ne condamne pas, elle demande de rendre compte. Ici elle est dans la bouche de Parʿoh, adressée à celui qui porte la promesse — et le récit ne dit rien de ce renversement] ? Pourquoi ne m'as-tu pas déclaré qu'elle est ta ʾIshah ?
Pourquoi as-tu dit "C'est ma sœur" — et je l'ai prise pour moi comme ʾIshah. Et maintenant, voici ta ʾIshah — prends-la et va-t'en (va-lekh / וָלֵךְ) [va-lekh — va-t'en. Même racine que lekh-lekha du v.1 — mais dans la bouche de Pharaon, sans le réflexif lekha. Un renvoi, non un appel. Le mouvement d'ʾAvraham se poursuit par l'expulsion là où il avait commencé par la vocation]. »
Et Pharaon donna des ordres [vayetsav — de tsavah (צָוָה), poser un ordre sur quelqu'un, à la forme intensive ; c'est la racine dont vient mitsvah, le commandement. Le mot des paroles qui engagent est ici employé pour une escorte de reconduite : Parʿoh ne discute plus, il fait sortir] à ses ʾanashim à son sujet — et ils le renvoyèrent (vayeshallechu / וַיְשַׁלְּחוּ) [vayeshallehu — de shalach : envoyer, libérer, renvoyer. Même racine que shaliach (l'envoyé, le messager). ʾAvraham est "envoyé" de Mitsrayim avec tout ce qu'il a — libéré malgré lui, chargé de richesses acquises malgré lui. Le motif de la libération de Mitsrayim avec des biens, lui aussi, anticipe Shemot], lui et sa ʾIshah et tout ce qu'il avait.