Nom propre
Yericho
Prononciation
Ye-ri-CHO — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le `ch` n'est pas celui de « chat ». C'est un het — יְרִיחוֹ — et il se fait au fond de la gorge : serre le pharynx comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Un raclement sans voix, tout à l'arrière, là où le français ne va jamais. Le « ch » de « chat » se fait à l'avant, avec la langue et les lèvres : c'est le geste inverse.
C'est la faute la plus probable de tout le corpus, et elle l'est ici plus qu'ailleurs, parce que le français a reçu ce Shem sous une autre forme — Jéricho — qui installe un j devant et un « ch » de langue au milieu. Deux consonnes sur trois sont à défaire : le j redevient un yod, le « ch » redevient un souffle.
Le o final est un vav, une vraie voyelle. Le het n'est donc pas en finale : il porte la syllabe qui suit, et on ne l'avale pas.
Le Shem, et les deux racines qu'on y entend
(Yericho / יְרִיחוֹ). Le nom se rattache à deux racines, et le fait remarquable est qu'elles sont faites des mêmes trois lettres, dans un autre ordre :
- ירח — yod, resh, het : yareach (yareach / יָרֵחַ), la lune ; - ריח — resh, yod, het : reach (reach / רֵיחַ), le parfum.
L'une comme l'autre a de quoi tenir. Une lune : la ville a pu porter le Shem d'un culte lunaire, et ce ne serait pas la seule du pays. Un parfum : autour de sa source poussent le palmier et le baumier, et l'air y est chargé quand tout alentour ne sent que le sel.
Le corpus ne tranche pas, et l'ONT non plus (§4.11). Ce qui demeure est déjà beaucoup : deux lectures se disputent les mêmes lettres, et le Shem les garde toutes les deux.
Le vert au milieu du sel
Tu viens de l'orient. Derrière toi, des jours de pierre et de poussière. Devant toi le Yarden, qui porte dans son Shem la descente et qui ne fait que cela — descendre, jusqu'à la mer la plus basse du monde. Tu descends avec lui, et l'air s'épaissit à mesure.
Puis, au fond, une tache verte. Une source sort du sol, et autour d'elle des palmiers, assez nombreux pour qu'on les voie de loin dans un pays où le sel a mangé le reste.
Le corpus lui donne un second nom pour cela : la ville des palmiers (ʿir hatemarim / עִיר הַתְּמָרִים). Le palmier est de ceux qui rendent tout — le fruit qu'on sèche et qu'on emporte, l'ombre, la fibre pour les cordes. Autour de cette source, on peut habiter ; à deux heures de marche, non.
Une ville n'est donc pas ici un choix, c'est une conséquence. Il y a de l'eau, donc il y a Yericho. Et parce qu'il n'y en a pas ailleurs, celui qui tient la source tient la route.
La première porte du pays
La seconde chose tient à la première, et c'est elle qui fera de ce Shem un enjeu.
Le Yarden se traverse — pas partout, à des gués. Et le gué qui compte débouche là. Qui vient de l'orient — du désert, de Moav, de tout ce qui est au-delà du fleuve — passe par Yericho ou ne passe pas.
Elle est donc la première ville du pays au sens strict : la première qu'on rencontre en entrant, et la porte qu'il faut ouvrir avant toutes les autres. Une ville de plaine, basse, gardée par des murs, assise sur son eau.
Ce que le corpus en fait
Le corpus ne la nomme encore qu'une fois, et de biais : dans une glose sur Ai, pour dater. ʿAï sera réduite en monceau après Yericho.
Ce « après » porte tout. Yericho est prise la première, et ce qui y est pris n'est pas mis à profit : la ville d'entrée revient entière à YHWH, comme les prémices d'une moisson reviennent avant que la moisson soit à qui la coupe. Puis quelqu'un en garde une part — et c'est devant ʿAï, la ville suivante, petite et sans importance, que l'affaire se paie.
L'ordre des deux villes est donc un mishpat avant d'être une chronologie. La première porte dit à qui appartient ce qu'il y a derrière ; celui qui en retient quelque chose n'a pas volé un objet, il a contredit une réponse déjà donnée.
Ce que la fiche porte, et ce qui reste à venir
Elle repose sur une glose qui ne parle même pas d'elle : celle de Ai en *Bereshit* 12, où Yericho ne sert qu'à dire quand. Tout le reste vient de ce que le corpus dit de ce lieu depuis ailleurs — la plaine du Yarden, la ville des palmiers, le gué.
Yehoshua n'est pas écrit. Le jour où il le sera, cette fiche devra être reprise entièrement : la ville qu'on lit ici de loin y sera racontée de près, et ce que le récit fera de son Shem n'est pas encore connu. Elle déclare son assise ; elle ne prétend pas être complète.
Voir aussi
Ai, la ville d'après — et la seule glose du corpus qui nomme Yericho.
Yarden, qu'on traverse pour l'atteindre, et dont le Shem dit la descente.
Lot, qui lève les yeux sur cette même plaine bien arrosée et la choisit.
mishpat — pour ce que l'ordre des deux villes décide.