Nom propre
Yehoshua
Prononciation
Ye-ho-SHOU-aʿ — l'accent tombe sur SHOU, et c'est bien la dernière syllabe : le a final n'en forme pas une.
Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.
Le h est un he, et il s'entend : un vrai souffle, comme le h de l'anglais house. On dit ye-ho, en deux temps, non « ye-o ».
Le ʿ final est un ayin : le fond de la gorge se resserre, et la voix passe quand même — le même geste que pour le ch de Ruach, mais sonore. Et pour qu'on puisse le produire après un ou, l'hébreu glisse un petit a devant lui. C'est le patach furtif, celui-là même qui fait dire Ruach et non « rouh ». Ce a n'est pas une syllabe et ne porte jamais l'accent : il est le passage vers la consonne, rien de plus.
La faute probable : dire « ye-o-CHOU-a », en avalant le h comme le français avale les siens et en laissant tomber le ayin. Il ne reste alors que des voyelles, et plus rien pour les tenir.
Le Shem
Un homme est acculé. Une troupe devant lui, une muraille derrière, et l'espace entre les deux se referme un peu plus à chaque instant. L'hébreu appelle cela une étroitesse (tsarah / צָרָה) : dans cette langue, la détresse n'est pas d'abord un état intérieur, c'est un manque de place. On est serré.
Maintenant la troupe s'écarte. Le terrain s'ouvre, l'homme peut respirer, se retourner, marcher. Le verbe de ce qui vient d'arriver est yasha (yashaʿ / יָשַׁע), et sa racine ne dit ni pardon ni rachat : elle dit qu'on a fait de la place à quelqu'un qui n'en avait plus. Élargir, dégager, rendre le mouvement possible.
Il faut s'y arrêter, parce que le français a chargé « sauver » d'une cargaison que l'hébreu ne porte pas : une âme arrachée à une perdition. Ici, rien de tel. Ce qui est rendu, c'est de l'espace, et l'espace est ce sans quoi une fonction ne peut plus s'exercer. Un homme au mur ne peut plus rien faire — c'est cela, dans l'ordre hébreu, que d'être perdu.
Le nom se découpe alors sans effort : Yeho-, la forme brève du Nom qui ouvre tant de Shemot, et shuaʿ, de cette racine-là. Soit une phrase entière (Yehoshuaʿ / יְהוֹשֻׁעַ) : YHWH fait de la place. « YHWH délivre », si l'on va vite.
Et regarde qui est le sujet de la phrase. Ce n'est pas celui qui porte le nom. Un homme s'appelle donc, toute sa vie, d'un acte qui n'est pas le sien — et c'est déjà la grammaire de Gevurot ha-Neviʾim, où YHWH agit et l'envoyé est l'instrument.
Celui qui fait entrer
Mosheh porte lui aussi un nom actif : celui qui tire. Il tire un peuple hors des eaux, hors de Mitsrayim. Il fait sortir — et il ne fait pas entrer : il meurt dehors, sur une montagne, en vue d'un pays où il ne mettra pas le pied.
Yehoshua est l'autre moitié du geste, et c'est là toute sa fonction.
Il n'est pas un naviʾ : le corpus ne lui confie pas un davar à porter devant un peuple, ni un mishpat à prononcer sur ce qu'il voit. Il n'est pas un roi non plus — il n'y a pas encore de roi. Il est celui qui fait entrer : celui sous lequel une promesse cesse d'être une parole et devient du sol sous des pieds.
Vois ce que cela demande. La berith de *Bereshit* 15 est unilatérale — YHWH seul passe entre les morceaux, et ʾAvram dort. Elle nomme un domaine, du fleuve de Mitsrayim au Prat. Mais une berith qui reste une parole n'a encore rien fait tenir debout : il faut un jour que quelqu'un franchisse une eau, compte des collines et trace des limites. Le corpus l'a inscrit lui-même dans son apparat : quand il veut dire où passe exactement la frontière du midi promise à ʾAvraham, il renvoie au livre qui porte ce nom-là.
Le Yarden est le seuil, et on le passe à pied sec — le corpus refait à l'entrée le geste qu'il avait fait à la sortie. Puis Yericho. Puis Ai, dont le Shem disait « le monceau de ruines » des siècles avant qu'elle en devienne un, et que Yehoshua réduit en monceau après avoir d'abord échoué devant elle. Il se fait aussi tromper : les Chivi arrivent avec des outres crevées et du pain sec en jurant venir de loin, et l'engagement qu'il leur donne, il ne peut plus le reprendre quand il découvre le mensonge. Le corpus ne le peint pas infaillible, et il tient l'engagement quand même.
Une dernière chose, et elle décide de son heure. *Genèse* 15:16 dit que l'ʿavon des Emori n'est pas encore complet. L'entrée n'est donc pas une occasion militaire qu'on saisit quand elle passe : c'est un mishpat dont la mesure doit être pleine. Yehoshua n'ouvre pas la porte — il arrive quand elle s'ouvre.
Un nom d'avenir dans le passé d'un autre
Voilà où le corpus écrit son nom pour la première fois, et l'endroit surprend.
*Bereshit* 12. ʾAvram défait son campement et le retend sur la montagne, Bet-El à l'occident et Ai à l'orient. Il ne se passe rien d'autre : un homme plante une tente entre deux points. Et c'est là, pour dire ce que ce deuxième point deviendra, que le nom paraît — c'est elle que Yehoshua réduira en monceau après Yericho.
Le porteur n'est pas né. Il ne naîtra pas avant des siècles. Il n'existe dans le vault, à cette page, que comme une ombre projetée en arrière sur une colline où un autre homme campe.
C'est le mouvement inverse de celui d'Ai, et les deux se répondent. Le Shem d'Ai annonce ce que la ville sera, comme celui de Peleg annonçait la division : le nom précède l'événement. Le Shem de Yehoshua, lui, revient depuis l'événement pour se poser sur une page où il n'a encore personne à désigner.
Un nom qui dit « YHWH fait de la place » se lit ainsi au-dessus de la tente d'un homme à qui une terre a été promise et n'a pas été donnée, et qui n'y possède rien qu'un emplacement de campement. La place est nommée avant d'être faite.
Le livre qui porte son nom
Il y en a un. Yehoshua (יְהוֹשֻׁעַ) ouvre les Neviʾim au répertoire de l'ONT, juste après la Torah, et il n'est pas écrit.
Rien de ce que cette fiche vient de dire n'en vient donc directement : tout a été lu dans l'apparat des autres livres, là où les gloses de Bereshit renvoient vers lui pour situer une frontière, un peuple, une ville. Le livre existe comme une adresse que le corpus utilise déjà et à laquelle il n'y a encore rien.
Ce que la fiche porte, et ce qui reste à venir
Elle repose sur peu, et il faut le dire nettement.
Sur la glose de Ai en *Bereshit* 12, qui est la seule occurrence du nom dans le corps du corpus. Sur les renvois d'apparat de *Bereshit* 10 et 15 — les frontières, les sept peuples, les Chivi et les Emori. Sur la traversée du Yarden. Et sur la racine, qui ne dépend d'aucun livre.
Tout le reste manque. Shemot, Bemidbar et Devarim ne sont pas écrits : comment il paraît la première fois, ce qu'il fait auprès de Mosheh, le changement de son propre Shem, la charge qui lui est remise — rien de cela n'est encore dans le vault. Son livre ne l'est pas davantage : le partage du domaine, les villes de refuge, le qahal de la fin. Cette fiche sera reprise en entier le jour où ces textes existeront, et ce qu'elle porte aujourd'hui n'est que ce qui a déjà servi ailleurs.
Voir aussi
Mosheh, dont il est l'autre moitié — l'un fait sortir, l'autre fait entrer.
Ce qu'il traverse et ce qu'il prend : Yarden, Yericho, Ai.
Ceux qu'il rencontre : Chivi, Emori, Girgashi — les peuples de Kenaʿan dont l'ʿavon devait être plein.
berith, pour ce qu'il fait toucher terre. naviʾ, pour la fonction qui n'est pas la sienne. Shem, pour ce qu'un nom fait.