La Bible ONT — מקרא הקדם

Nom propre

Hagar

Prononciation

Ha-GAR — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le h est un he : un vrai souffle, comme le h de l'anglais house. Il se prononce — il n'est pas muet comme en français.

Le Shem

L'étymologie est débattue, et le corpus maintient les deux lectures plutôt que d'en choisir une.

La résonance hébraïque la plus forte est celle de ger (ger / גֵּר) — l'étranger résident, celui qui habite un pays sans y avoir de droits. Le mot vient d'être posé quelques versets plus haut, quand YHWH annonce à Avram que sa descendance sera ger dans un pays qui n'est pas le sien.

L'autre lecture vient de Mitsrayim : ha-gar, la fugitive.

Les deux disent la même chose sous deux angles, et c'est peut-être pourquoi le texte ne tranche pas : celle qui n'est de nulle part, et qui s'enfuit.

Ce qu'elle est dans la maison

Elle est shifchah — attachée à la sphère de Sarai, et c'est cette appartenance qui la rend disponible pour ce qui va se passer.

Elle ne change pas de travail quand on la donne à Avram : elle change de sphère. L'enfant qu'elle portera doit remonter, par-dessus elle, jusqu'à la maîtresse. Le droit familial du Proche-Orient prévoit le cas, avec ses clauses.

Puis elle conçoit, et la hiérarchie se retourne : sa maîtresse devient légère à ses yeux — elle perd de la kavod. Sarai l'accable, du verbe anah, celui-là même qui décrira l'affliction d'Israël en Mitsrayim. Le corpus construit l'écho à l'envers : la Mitsrit est affligée par la maison de la promesse avant que la maison de la promesse ne le soit par Mitsrayim.

Et elle s'enfuit.

Celle qui nomme YHWH

C'est là que le corpus fait quelque chose qu'il ne refait jamais.

Le malʾakh de YHWH la trouve près d'une source du désert — première occurrence d'un malʾakh dans tout l'ONT. Pas auprès d'Avram, qui a la promesse. Pas auprès de Sarai, qui a la maison. Auprès d'elle, qui n'a rien.

Il l'appelle par son statut — shifchah de Sarai — et lui demande d'où elle vient et où elle va. Elle répond qu'elle fuit.

Puis elle fait ce qu'aucun patriarche ne fait : elle donne un Shem à YHWH. Elle l'appelle ʾEl Roï, l'El qui me voit. C'est le seul nom divin de tout le corpus donné par un être humain, et il est donné par une servante étrangère, sans droits, dans un désert.

Le texte l'enregistre sans commenter. La règle de l'ONT est de ne pas ajouter ce qu'il tait — mais on peut relever ce qu'il fait : il place l'acte de nomination le plus audacieux du corpus dans la bouche de la plus dépourvue.

Voir aussi

Sa maison : Sarai dont elle est la shifchah, ʾAvraham, et Ishmaʿel son fils dont le Shem dit El entend.

Ce que son Shem touche : ʾEl Roï qu'elle nomme, le malʾakh qui la trouve, le ger dont elle porte la condition, et Beer-lachai-roi, le puits du Vivant qui me voit.

Ce qui reste à écrire : son récit est en *Bereshit* 16 et 21 ; la couche des Shemot n'y est pas encore portée, et cette fiche sera reprise.

Source

1904 · הָגָר