Chapitre 8
Toledot Adam ve-Chavah 8
Toledot Adam ve-Chavah 8
La mort d'Adam et son ensevelissement en Eden
Et le terme d'Adam s'accomplit [s'accomplir, et non « arriver » : une mesure avait été fixée, elle est remplie. Le récit ne dit pas qu'Adam s'est éteint — il dit qu'une durée assignée est venue à son terme, comme une chose qui avait un bord] [et ce qui s'accomplit ici, ʾAdam l'avait annoncé lui-même. Au ch. 4 il a rassemblé ses enfants pour leur dire d'où la mort était entrée, et que le terme était venu ; ce verset ne fait que le vérifier. Le récit ne revient pas sur la cause — il n'accuse personne et ne plaide pour personne : il constate qu'une parole dite au chevet vient d'être tenue].
Il rendit la Neshamah (neshamah / נְשָׁמָה) [le souffle vital qu'YHWH ʾElohim lui avait insufflé au commencement — il retourne à Celui qui l'avait donné] [rendre ce qu'on a reçu n'est pas perdre ce qu'on possédait. La Neshamah avait été soufflée dans ses narines (*Genèse* 2:7) — bouche contre narines, dans un geste que le corpus ne répète pour aucune autre créature —, et le verset garde l'ordre de ce don : reçue au commencement, rendue à la fin. Entre les deux, elle a fait un vivant qui tenait debout et parlait] qu'il avait reçue au commencement, et son Nefesh (nefesh / נֶפֶשׁ) cessa [le Nefesh est le vivant lui-même dans sa chair — ce que les bêtes ont aussi (*Genèse* 1:20-21) —, non une part qui se détacherait pour aller vivre ailleurs. Il ne s'en va pas : il cesse] [deux mots, et ils ne font pas le même chemin. La Neshamah est rendue à celui qui l'avait donnée, le Nefesh cesse : le premier retourne, le second s'arrête. Le verset ne les fond pas en une seule chose qui s'en irait ensemble, et il ne dit pas davantage ce que devient le premier une fois rendu. Il pose deux verbes, et s'arrête là] ;
et il retourna à l'ʾadamah (ʾadamah / אֲדָמָה) [le nom du sol porte le nom de l'humain : adamah et adam. Il ne retourne pas quelque part : il retourne à ce dont il est le nom] [la phrase avait été dite à lui ; elle est maintenant dite de lui. En *Genèse* 3:19 YHWH ʾElohim parle à la deuxième personne — tu retourneras —, et celui qui l'entend se tient debout devant celui qui la prononce. Ici la même phrase revient à la troisième : il retourna. Celui à qui elle était adressée n'est plus là pour l'entendre, et c'est ce déplacement de personne qui dit l'accomplissement] : car poussière (ʿafar / עָפָר) il était, et vers la poussière il retourna [écho de *Genèse* 3:19 : tout l'être retourne au sol concret dont il fut tiré] [la poussière n'est ici ni de la cendre ni le reste de ce qui a brûlé : c'est la terre sèche et meuble du dessus, celle qu'un pied soulève en marchant et que le vent emporte. C'est d'elle que le potier avait pris sa matière — ʿafar min ha-ʾadamah, la poussière prise du sol concret (*Genèse* 2:7) —, et c'est à elle qu'ʾAvraham se comparera en osant parler à YHWH (*Genèse* 18:27). Le mot ne dit pas la fin, il dit la matière].
Et ʾAdam descendit au Sheʾol (Sheʾol / שְׁאוֹל) [le domaine bas des morts — le silence et l'attente] [c'est ʾAdam qui descend, et le verset ne met rien d'autre à sa place : ni une part de lui restée disponible, ni un double qui continuerait ailleurs. Le sujet du verbe est l'homme, celui-là même dont le corps sera enseveli trois versets plus loin. Le récit tient les deux et ne les concilie pas : il ne cherche pas à dire comment un seul homme est en bas et dans une tombe. Il le dit, et passe], dans l'attente [on descend, on ne s'envole pas : le Sheʾol est sous la Terre, et tout mort y va vers le bas — le tsadiq comme le rashaʿ. Et l'attente est nommée sans que son objet le soit : le texte s'arrête là, et ne dit pas ce qui est attendu].
Et en ce jour, les luminaires (meʾorot / מְאֹרֹת) retirèrent leur lumière, et il y eut ténèbres sur le sol concret pendant sept jours [les luminaires qui gouvernent le temps s'obscurcissent sur la mort de celui qui gouvernait le vivant : le poids de cette mort est cosmique, non seulement personnel] [et ils ne sont pas nommés, pas plus qu'au quatrième jour. *Genèse* 1:16 refuse d'écrire « le soleil » et « la lune » — ce sont les noms de deux dieux chez les voisins — et parle de deux luminaires, des lampes installées dans la Voûte pour tenir un office. Ce livre-ci garde la même retenue : ce qui s'obscurcit n'est pas une divinité qui prend le deuil, ce sont des instruments qui cessent d'éclairer] [les ténèbres, dans ce corpus, ne sont pas d'abord le noir : c'est l'impossibilité de distinguer quoi que ce soit, l'état d'avant le premier jour, quand rien n'était encore séparé. Les luminaires avaient été installés pour séparer le jour de la nuit et pour marquer les temps fixés (*Genèse* 1:14) ; sept jours durant, ils ne le font plus. Le récit ne dit pas ce que les vivants ont fait de ces sept jours].
Et tous ses fils et toutes ses filles menèrent grand deuil [le deuil se mène, comme une chose qui a sa forme et sa durée : on se rassemble, on crie, on tient les jours qu'il faut tenir — et ces jours sont sept, l'unité de plénitude. Ce deuil n'est donc pas long : il est complet. Et ce n'est pas un état intérieur que le récit décrit, c'est un acte qu'on accomplit] [et il n'y a personne d'autre ailleurs. Le ch. 4 les disait « une multitude sur la face du sol concret », et ce sont eux tous : à cette heure, tous les vivants sont ses enfants. Le deuil du monde est donc un deuil de famille, et le verset ne dit pas autre chose — il ne rassemble personne en un lieu, il fait monter le pleur sur toute la face du sol], et le son de leur pleur monta sur toute la face du sol concret [le cri qui monte depuis le sol est le mouvement du corpus : ainsi les sangs de Hevel, que l'adamah avait bus, criaient vers YHWH (*Genèse* 4:10). Ici rien ne redescend, et le récit ne dit pas qu'on l'ait entendu].
Et Mikhaʾel et les malʾakhim vinrent, et se tinrent auprès du corps d'Adam [ils se tiennent, ils n'emportent rien. La scène est une garde autour d'un corps : le récit vient de faire descendre ʾAdam au Sheʾol (v. 4), et il ne fait monter aucune part de lui] [un malʾakh n'est pas défini par sa nature mais par ce pour quoi il est envoyé — et la mission, ici, est un corps à mettre en terre. Ils ne viennent ni annoncer, ni juger, ni escorter : ils viennent ensevelir, et c'est le seul office que la scène leur donne] ; car un envoyé de YHWH (YHWH / יְהוָה) ministre à la sépulture du juste [corroboré : Mikhaʾel dispute le corps de Mosheh (Yehudah 9) ; les malʾakhim portent le juste (Luqas 16:22)].
Puis ses fils, avec eux [avec eux : les fils et les malʾakhim ensevelissent ensemble. C'est le seul endroit du livre où les deux domaines font le même geste, et le récit ne le commente pas] [et personne ne leur avait montré comment on fait. Nul humain n'avait été mis en terre avant celui-ci : Hevel était tombé bien plus tôt, et son corps était resté dehors (v. 10). Ce que ces fils accomplissent, ils l'accomplissent sans modèle — les Yovelim le retiennent ainsi, ʾAdam « le premier enseveli en terre » (4:29)], enveloppèrent son corps dans du lin [le lin est l'étoffe de ceux qui approchent ce qui est mis à part — c'est en lin que le kohen entre au lieu le plus intérieur (*Lévitique* 16:4). Le récit le pose et ne l'explique pas ; il dit seulement, à la ligne suivante, vers où l'enceinte regarde],
et ils l'ensevelirent dans l'enceinte qui regarde vers ʿEden, dans la terre même de sa formation [ʿEden est « le Saint des Saints et la demeure du Seigneur » (*Jubilés* 8:19) ; ʾAdam, « le premier enseveli en terre » (*Jubilés* 4:29). Même déchu, l'ʾAdam demeure orienté vers la présence] [la terre de sa formation est un endroit, non une idée. Un potier prend sa matière quelque part, et le récit ramène le corps à ce quelque part-là. La tombe n'est pas choisie pour l'honneur ni pour la commodité : elle est choisie parce que c'est de là qu'il a été tiré — et ce que Chavah demandera pour elle-même au chapitre suivant suivra exactement la même règle].
Et Hevel, ils l'ensevelirent auprès de son père, car son corps avait attendu sur le sol concret depuis le jour où Qayin l'avait tué [le premier mort n'est pas le premier enseveli. Hevel est tombé bien avant son père, et son corps est resté sur l'adamah qui avait ouvert la bouche pour prendre son sang (*Genèse* 4:11) : il aura fallu la mort d'Adam pour que le fils reçoive une tombe] [et le chapitre finit sur le fils, non sur le père. Le titre annonce la mort d'Adam et son ensevelissement ; la dernière phrase est pour Hevel. Le récit ne dit pas pourquoi il attend cette page pour lui donner une tombe — il dit seulement que c'est là qu'elle vient] [Qayin est nommé une fois, comme celui qui a tué, et il n'est pas dans la scène. Les fils et les filles sont là, les malʾakhim sont là, et le récit ne dit ni qu'il est venu ni qu'il est resté au loin. Le silence est entier, et on ne le comble pas].