La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 9

Toledot Adam ve-Chavah 9

La mort de Chavah

Et après ces jours, Chavah connut [connut est le verbe du ch. 3, celui qui suppose d'être à l'intérieur de ce que l'on connaît. Et elle ne l'apprend de personne : ʾAdam, lui, n'avait pas su ce qui le prenait, et c'est un fils qui avait dû lui demander si un ennemi l'avait frappé (ch. 4). Elle, elle a vu mourir, et elle reconnaît dans son corps ce qu'elle a vu dans le sien. C'est ce qu'une mort déjà regardée donne à qui voit venir la sienne] que le terme de sa mesure approchait.

Elle rassembla ses enfants [elle refait le geste d'Adam. Au ch. 4, il avait rassemblé ses fils et ses filles avant de parler ; elle rassemble les mêmes avant de parler. Mais ce qu'il leur avait dit était d'où la mort était entrée, et ce qu'elle leur dit est où la mettre : la première fois on explique, la seconde on dispose. Ce qui a été dit une fois n'est pas redit] et dit : « Voici, je m'en vais vers votre père. Ensevelissez-moi auprès de lui, là où il repose ; car de son flanc j'ai été édifiée [édifiée, et non « faite » : le verbe de *Genèse* 2:22 est banah (בָּנָה), celui de l'architecte qui bâtit un temple ou une ville. Chavah reprend en mourant le mot de son commencement], et vers lui je retourne [la seule sépulture demandée du corpus jusqu'ici, et elle précède celle de Sarah à Makhpelah. Ce qui est demandé n'est pas un honneur : c'est de reposer là d'où l'on a été tiré]. »

Puis elle leva les mains vers YHWH ʾElohim (YHWH ʾElohim / יְהוָה אֱלֹהִים) [lever les mains est le geste de qui demande et n'a rien dedans à poser : on les ouvre, paumes vers le haut, du côté de celui dont on attend. Chavah était revenue « les mains vides » de la porte du Jardin (ch. 5) ; ce sont ces mains-là qu'elle lève, et cette fois elle ne demande pas de remède] et dit : « Toi qui m'as tirée de l'ʾish (ʾish / אִישׁ) [ʾish — intraduisible. Elle ne dit pas « de mon mari » : elle emploie le mot de *Genèse* 2:23, où l'ʾish nomme l'ʾishah en la reconnaissant tirée de lui. Sa dernière parole est une citation de la première], reçois-moi. » [reçois-moi est toute sa demande, et il n'y a rien avant ni après. Elle ne plaide pas, elle ne rappelle aucun titre, elle n'invoque rien de ce qu'elle aurait fait ou porté : elle dit d'où elle a été tirée, et demande à être reçue. Le récit ne rapporte aucune réponse]

Et elle remit son Ruach [remettre, non « rendre l'âme » : le français y mettrait une âme grecque qui se détache et survit. La Ruach n'est pas une part de Chavah qui s'en irait vivre ailleurs — c'est le souffle qui lui avait été prêté, et le verbe dit une restitution, non un départ], et elle mourut [trois mots pour ce que le chapitre précédent avait mis quatre mouvements à dire : le terme accompli, la Neshamah rendue, le Nefesh cessé, la descente au Sheʾol. Ici le verset s'arrête là. Le récit ne dit pas pourquoi il se resserre, et il ne fait descendre personne].

Et ses fils firent selon sa parole : ils l'ensevelirent auprès d'Adam, dans l'enceinte qui regarde vers ʿEden [orientée vers ce qui est fermé. Les Keruvim gardent l'entrée depuis *Genèse* 3:24, et personne n'y rentrera : la tombe fait face à une porte close, et le texte ne dit pas si c'est une consolation ou son contraire (§4.9)].

Et il y eut un grand deuil sur toute la face du sol concret : les premiers façonnés du Jardin étaient retournés à la poussière [la phrase de *Genèse* 3:19 accomplie deux fois, et le corpus attend jusqu'ici pour la refermer. Yatsar (יָצַר) est le verbe du potier, toujours suivi de sa matière : ce qui a été façonné de poussière y revient, et l'adamah reprend ce qu'elle avait donné] [le même deuil qu'au chapitre précédent, dans les mêmes mots — mais sans les sept jours, et sans les ténèbres sur le sol. Entre les deux pages, le monde a appris ce qu'est une mort : ce qui était sans précédent est devenu une chose qui se refait. Le récit ne commente pas cet écart, et ne dit pas s'il est voulu].