Chapitre 7
Toledot Adam ve-Chavah 7
Toledot Adam ve-Chavah 7
La charge d'Adam à Shet
Et quand Chavah eut achevé son témoignage, ʾAdam appela Shet auprès de lui [Shet — de shat : poser, établir. Il est le fils posé à la place de Hevel (*Genèse* 4:25), et c'est par lui que la mémoire passera plutôt que par l'aîné. Le témoignage vient d'être fait devant tous les enfants ; la charge, elle, se donne à un seul],
et il dit : « Mon fils, tu as entendu ce que ta mère a dit ; garde-le, et ne le laisse pas tomber du milieu de tes frères [tomber : la charge n'est pas de comprendre ni de commenter, mais de tenir quelque chose qui autrement choit. La mémoire est traitée ici comme un objet qu'on porte à bout de bras, et qu'on peut lâcher].
Car ce qui est oublié recommence [l'oubli n'est pas ici une défaillance de la tête : une chose oubliée cesse d'avoir eu lieu, et ce qui n'a pas eu lieu peut se produire encore. C'est ce motif qui commandera les tablettes du dernier chapitre] : si la mémoire de la kavod perdue se perd parmi les fils des fils, ils croiront que le sol concret alourdi et la mort sont l'ordre premier des choses [le danger n'est pas l'ignorance, c'est la normalité. Qui n'a jamais vu autre chose prend l'état alourdi pour l'état d'origine et ne cherche plus rien : il n'y a de perte que pour celui qui sait qu'il y a eu autre chose], et ils ne sauront plus qu'ils furent faits pour la présence.
Tiens donc la mémoire debout [debout est le vocabulaire de ce qui tient sur ses pieds et ne s'affaisse pas — la racine qum, celle dont relève la berith qu'on fait tenir debout plutôt qu'on ne la conclut. La mémoire n'est pas rangée comme on range : elle est soutenue, et il faut quelqu'un dessous], toi et ta semence après toi, jusqu'au temps fixé où le chemin gardé sera rouvert [le temps fixé (moʿed) est le rendez-vous, non le délai : une date arrêtée par celui qui convoque, et que celui qui attend ne fixe pas. Et « le chemin gardé » est celui que gardent les Keruvim — il n'a pas été détruit, il est tenu, ce qui suppose qu'il puisse un jour se rouvrir].
Et écoute encore, mon fils, ce qui m'a été montré. Aux jours où votre mère et moi priions [la vision vient pendant la prière, non dans le sommeil ni dans un transport cherché. Le récit ne décrit aucune technique : il dit seulement ce qu'ils faisaient quand elle est venue], Mikhaʾel vint à moi [c'est l'envoyé qui vient, et non ʾAdam qui monte le chercher. Toute la scène qui suit garde ce sens : il sera élevé, il ne s'élèvera pas], et je fus élevé par la Ruach [une vision accordée par la Ruach, comme Yehezqel fut élevé par la Ruach].
Et je vis la merkavah (merkavah / מֶרְכָּבָה) [le trône-char de YHWH ʾElohim, tel que le verra Yehezqel] semblable au vent, et ses roues étaient de feu ; et je fus élevé jusqu'aux shamayim (shamayim / שָׁמַיִם), là où se tient le trône [Shaul de même fut ravi « jusqu'au troisième ciel », qu'il nomme aussi paradeisos (2 Co 12:2-4) : la destination réelle est les shamayim, non un « paradis » au sens occidental].
Et je vis YHWH ʾElohim (YHWH ʾElohim / יְהוָה אֱלֹהִים) siégeant, et sa face était un feu flamboyant que nul ne peut soutenir [nul ne peut n'est pas une interdiction, c'est une mesure : ce qui est moins dense ne tient pas devant ce qui l'est infiniment plus — « l'humain ne peut me voir et vivre » (*Exode* 33:20). C'est pourquoi ʾAdam tombe au v. 9, et non de frayeur] ; et des milliers de malʾakhim se tenaient à sa droite et à sa gauche [se tenir est leur office même : debout de part et d'autre du trône, en position d'être envoyés. Un malʾakh n'est pas défini par sa nature mais par sa mission, et ce que voit ʾAdam est la cour d'un roi, non un chœur].
Et je reconnus, rayonnant du trône, la kavod même dont nous avions été revêtus au Jardin — car c'est à l'image de sa kavod que l'humain fut façonné : sa gloire à lui, portée par nous un temps, puis perdue [l'humain fait « à l'image de ta gloire » (4Q504) ; la ressemblance de la kavod sur le trône (Ez 1:26-28)].
Et l'effroi me saisit, et je tombai la face contre terre [il tombe, il ne se prosterne pas. Le corps cède devant ce qu'il ne peut soutenir, comme Yehezqel devant la merkavah (Ez 1:28). Et la parole qui suit lui est adressée là où il est tombé : le récit ne le fait pas se relever pour l'entendre].
Et YHWH ʾElohim me parla : « Voici, tu retournes au sol concret, parce que tu as dévié ; mais de ta semence ne sera pas retranché le droit de se tenir devant ma face et de me servir (avad) [le service sacerdotal — se tenir avec YHWH, devant sa face]. » [retrancher (karet) est le mot de la sanction la plus grave du droit divin : être coupé de son peuple. Ce qui est accordé ici n'est donc pas une faveur ajoutée — c'est une coupure qui n'aura pas lieu]
Retiens donc ceci, mon fils : ce que nous avons perdu demeure devant sa face [la perte est de leur côté, non du sien. La kavod n'a pas été détruite avec eux : ʾAdam vient de la voir rayonner du trône. Ce qu'ils n'ont plus continue d'être, et c'est ce qui rend une attente possible plutôt qu'un simple regret] ; et à ta semence demeure le droit de se tenir avec lui et de le servir, jusqu'au temps fixé où le chemin gardé sera rouvert. »