Chapitre 2
Toledot Adam ve-Chavah 2
Toledot Adam ve-Chavah 2
Le retour vers la présence
Et ʾAdam dit à Chavah : « Nous ne pouvons pas rentrer, car le chemin est gardé [il ne conteste rien. ʾAdam ne dit pas que c'est injuste, ne propose pas d'essayer, ne cherche pas un autre côté : la première parole du couple au-dehors est un constat exact de ce qui est fermé. C'est de là seulement qu'on peut faire un pas qui ne soit pas une illusion]. Mais nous pouvons encore nous tourner vers Celui qui s'y tient [il ne dit pas « vers le Jardin ». Il sépare le lieu de celui dont c'était le lieu, et c'est le discernement qui ouvre tout ce chapitre : ce qu'ils ont perdu n'est pas un verger, c'est une présence. Et celle-là n'est pas enfermée derrière la porte — elle se tient au seuil, du côté où ils sont] [de shuv — se retourner. Le mot n'est pas encore dit, le geste l'est : ʾAdam ne propose pas de forcer la porte, il propose de faire volte-face. Deux versets plus loin, ce geste aura son nom — teshuvah]. »
Et ils se mirent à jeûner [le jeûne n'achète rien et ne paie rien : cesser de manger, c'est retirer sa main de ce que le sol concret donne, et se tenir sans rien devant celui de qui tout venait au Jardin] et à pleurer [ils pleuraient déjà. Le chapitre précédent s'arrêtait sur eux, assis devant la porte fermée, à pleurer longtemps — et il s'arrêtait là. Ici les mêmes larmes entrent dans une démarche : elles ont un jeûne autour d'elles, un nombre de jours, une face cherchée. Ce qui change n'est pas la peine, c'est qu'elle n'est plus le dernier mot] devant YHWH ʾElohim (YHWH ʾElohim / יְהוָה אֱלֹהִים) quarante jours [quarante — unité fonctionnelle de transformation : la durée qu'il faut pour qu'une réalité se transforme (§ *Bereshit* 7)], cherchant sa face (panim / פָּנִים) [la face n'est pas une surface : c'est le côté tourné vers. Chercher la panim de quelqu'un, c'est chercher qu'il se tourne — et c'est le geste exactement inverse de *Genèse* 3:8, où ils s'étaient cachés de cette face parmi les arbres],
dans la teshuvah (teshuvah / תְּשׁוּבָה) [le retour, le réalignement : se retourner vers la présence quittée, vers la source] [et rien n'est dit de ce qu'ils ressentent. Le récit ne rapporte ni remords, ni honte, ni sentiment d'être coupables : il rapporte quatre actes — jeûner, pleurer, chercher la face, descendre dans les eaux. La teshuvah est décrite par une direction, jamais par un état intérieur, et c'est ce qui la sépare de tout ce que le français appelle « repentance »].
Et ils descendirent [tout le mouvement de ce chapitre va vers le bas. On se tient à terre, on jeûne, on descend dans l'eau — et ce qu'on cherche est en haut. C'est l'ordre du corpus : on ne monte pas vers la présence, on s'abaisse et c'est elle qui vient. Aucune des scènes de ce livre ne montrera quelqu'un gravir quoi que ce soit] dans les eaux [on ne s'y lave pas un côté puis l'autre : on disparaît entier sous l'eau, et l'on remonte. La forme du geste dit ce qu'il est — un retour, non un nettoyage], dans la tevilah (tevilah / טְבִילָה) [l'immersion de retour — passer par les eaux pour se retourner vers la source ; le mikveh, et l'immersion de Yohanan pour la teshuvah (Marqus 1:4)].
Et comme Chavah se tenait dans les eaux, ha-satan (ha-satan / הַשָּׂטָן) [l'accusateur — la fonction d'accusation dans le Conseil (Iyov, Zekharyah) ; l'article « ha- » marque la fonction] [et le texte ne dit rien de plus de lui. Ni d'où il vient, ni depuis quand, ni ce qu'il est : il n'a pas de Shem propre, seulement un article et une charge. Ce qu'il fait est raconté entièrement ; ce qu'il est n'est pas dit, et on ne le complète pas] vint vers elle, transfiguré en éclat de lumière, comme un envoyé du ciel [il ne prend pas une figure repoussante : il prend la seule figure qu'on ne songe pas à examiner. C'est ce que Shaul relèvera à son tour — l'accusateur se transfigure en envoyé de lumière (2 Co 11:14)], et il lui parla avec douceur [il n'a que la parole, et il n'en a jamais eu d'autre. Pas de menace, pas de contrainte, pas même un argument fort : une voix douce adressée à quelqu'un qui est seul. C'est exactement l'arme du nachash au Jardin (*Genèse* 3:1-5) — une phrase, posée dans l'oreille de celle qui est à l'écart] pour la faire sortir des eaux et la détourner une seconde fois [il ne lui redemande pas de manger de l'arbre : il lui demande de sortir de l'eau. Pour détourner un retour, il n'y a rien à contredire — il suffit de l'interrompre].
Car depuis la rupture, l'œil de l'humain [c'est l'œil ouvert qui ne distingue plus. *Genèse* 3:7 dit qu'à l'instant de la rupture leurs yeux s'ouvrirent — et voici que ce même regard, désormais ouvert, ne sépare plus la vraie lumière de la fausse. Le récit pose les deux choses l'une à côté de l'autre sans les expliquer, et il ne dit pas laquelle est la cause de l'autre] ne distingue plus aisément la vraie lumière de la fausse [distinguer, badal : le geste par lequel ʾElohim ordonne le premier jour en séparant la lumière des ténèbres (*Genèse* 1:4), et que l'humain tenait à sa suite. Ce que la rupture a atteint n'est pas la lumière — c'est l'œil qui sépare].
Mais ʾAdam discerna [rien ne dit qu'il voie mieux. Le verset précédent vient de poser que l'œil de l'humain ne sépare plus — et ʾAdam est un humain. Ce qu'il a n'est donc pas une vue plus fine, c'est un critère, qu'il énonce à voix haute dans la phrase suivante. Un critère se transmet ; une acuité, non — et c'est pour cela que le récit le fait crier au lieu de le penser] que cette lumière était fausse, et il cria : « Chavah, ne sors pas pour cet éclat — un envoyé de YHWH ne détourne pas de la teshuvah ! » [le critère qu'Adam emploie est fonctionnel : un malʾakh n'est pas défini par son apparence mais par sa mission — il est ce pour quoi il est envoyé. Une lumière qui détourne n'est donc envoyée par personne, quel que soit son éclat] Et ha-satan se retira. [il se retire, il n'est pas vaincu. Aucun combat, aucune formule, aucun envoyé pour le chasser : il est nommé par ce qu'il fait, et il s'en va. Le récit ne lui donne ni défaite ni fin — il le laisse partir, et rien ici ne promet qu'il ne reviendra pas]
Car ils avaient compris ceci : que le chemin d'Eden ne se rouvrirait pas par la force de leurs mains [ils cessent ici de chercher une entrée. Le reste du livre se tiendra devant la porte et non contre elle — Chavah et Shet y reviendront supplier, et repartiront les mains vides (ch. 5)] ; mais que la présence, elle, ne les avait pas abandonnés — c'était eux qui s'étaient cachés d'elle [écho de *Genèse* 3:8-10 : c'est l'humain qui se cache parmi les arbres, et YHWH ʾElohim qui appelle « où es-tu ? ». La distance est réelle, mais elle n'a pas été prise du côté qu'on croit].
Et YHWH ʾElohim ne les fit pas rentrer au Jardin [le chapitre du retour se termine sur une porte fermée, et il ne présente pas cela comme un échec. La teshuvah n'a rien rouvert et rien obtenu, et le verset ne s'en explique pas : il pose le refus et la pourvoyance dans la même phrase. Ce qui a changé, à lire ce qu'il montre, est de quel côté ils sont tournés — et il n'en tire aucune leçon] ; mais il ne retira pas d'eux son regard, et il pourvut à leur vie sur l'ʾadamah (ʾadamah / אֲדָמָה) [le même geste qu'en *Genèse* 3:21, où il les revêt de peaux à l'instant même où il les renvoie : le renvoi et la pourvoyance ne sont pas deux mouvements contraires, ils tiennent ensemble dans la même page].