La Bible ONT — מקרא הקדם

Chapitre 4

Toledot Adam ve-Chavah 4

La maladie d'Adam et le rassemblement des enfants

Et il advint, quand ʾAdam approcha du terme de sa mesure [une mesure, et non une durée qui s'épuise : ce qui est dit ici est qu'une vie a une étendue assignée, comme une part qu'on reçoit et qu'on finit de traverser. ʾAdam n'arrive pas au bout de ses forces — il arrive au bout de ce qui lui avait été compté], qu'une douleur (keʾev / כְּאֵב) [de kaʾav (כָּאַב) — avoir mal. Ce n'est pas la première douleur du corpus — Chavah enfante dans l'ʿitsavon en *Genèse* 3:16, et le mot y est annoncé comme une condition à venir. Keʾev est autre chose : un corps qui cède sans que rien l'ait frappé. Le texte prend soin de dire qu'elle n'a pas de nom encore, et que celui qui la subit ne sait pas ce que c'est. Le récit ne décrit pas une maladie, il décrit une découverte] le saisit dans tout son corps, et ses forces se retirèrent de lui [elles se retirent, elles ne sont pas arrachées. Rien ne le frappe, rien ne lui est ôté de force : ce qu'il avait cesse simplement d'être là, et il le constate de l'intérieur, membre après membre. C'est la première fois qu'un corps manque à celui qui l'habite].

Il ne sut pas d'abord ce que c'était [il n'a personne qui ait vu cela. Ni ancien pour le renseigner, ni mot déjà formé pour le dire : ce qui lui arrive n'a pas encore de Shem, et tant qu'une chose n'est pas nommée, elle n'a pas de place dans l'ordre où l'on pourrait la ranger], car nul avant lui n'avait connu la défaite du corps [la défaite du corps, et non la douleur seule. Ce qui est neuf n'est pas d'avoir mal — on a mal d'une pierre, d'une ronce, d'un enfantement. C'est qu'un corps cède de l'intérieur sans que rien l'ait frappé : la chair qui portait ne porte plus, et il n'y a personne à qui l'imputer].

Alors il rassembla tous ses fils et toutes ses filles [il ne fait pas venir un guérisseur, il fait venir les siens. Il n'y a dans ce monde ni remède, ni rite, ni personne qui sache : ce qu'un mourant peut encore convoquer, ce sont ceux qui resteront après lui, et c'est ce qu'il convoque] — ils étaient une multitude [une multitude, et c'est la dotation du sixième jour qui a tenu : soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez la Terre (*Genèse* 1:28). La phrase pose côte à côte le monde qui se remplit et celui par qui il a commencé, qui s'en va — et elle ne les met pas en balance] sur la face de l'ʾadamah (ʾadamah / אֲדָמָה) [l'ʾadamah, la glaise — non l'ʾeretz, le domaine. C'est le mot dont l'ʾAdam tire son nom, et la phrase referme *Genèse* 3:19 : tu retourneras vers l'ʾadamah, car c'est d'elle que tu as été pris. Ce qui est annoncé là s'accomplit ici, et c'est la première fois] —

et ils virent leur père abattu, lui qui avait été fort [ils n'ont jamais vu d'homme défait. Leur père est la seule mesure qu'ils aient de ce qu'est un corps d'humain, et cette mesure se défait sous leurs yeux : ce n'est pas un malade qu'ils regardent, c'est l'étalon lui-même qui bouge], et ils s'effrayèrent, car ils ne connaissaient pas la douleur [la frayeur vient avant la compréhension. Ils ne cherchent pas encore à savoir ce que c'est : le corps réagit le premier, et il réagit à ce qu'il ne sait pas nommer].

Shet dit : « Mon père, qu'est-ce que cette douleur qui te tient [qui te tient : il ne demande pas ce qu'elle est, il dit ce qu'elle fait. Faute de nom, on décrit une opération — quelque chose s'est saisi de son père et ne lâche pas, et c'est tout ce qu'un regard peut en dire] ? Est-ce un ennemi qui t'a frappé ? » [c'est le seul modèle dont il dispose. Dans le monde que Shet connaît, un mal a une main : le frère qui se dresse (ch. 3), la bête qui se jette (ch. 5). Il cherche donc quelqu'un, parce qu'il n'a jamais rencontré un mal qui ne vienne de personne]

ʾAdam formula devant eux : « Écoutez, mes enfants. Ce n'est pas un ennemi du dehors [il répond à la question posée, et il en écarte la forme. Shet cherchait une main ; son père lui dit qu'il n'y en a pas. C'est la chose la plus difficile à entendre pour qui n'a que ce modèle-là : un mal réel dont personne au-dehors n'est l'auteur]. La douleur et la mort ne sont venues ni de l'ʾadamah ni des shamayim (shamayim / שָׁמַיִם) [les shamayim, au duel comme toujours — la finale -ayim est celle de mayim, réservée à ce qui ne se conçoit pas au singulier. Adam écarte les deux domaines à la fois : ni d'en bas ni d'en haut, la douleur n'est pas venue du dehors] — elles sont entrées par nous [par nous, au pluriel, et il n'en dit pas davantage. ʾAdam ne raconte pas la scène, ne désigne personne, ne se disculpe pas : il nomme une entrée et il s'arrête. Le récit garde ce silence — ce qui s'est passé au Jardin sera dit au ch. 6, et par Chavah elle-même, qui l'a porté], aux jours où votre mère et moi nous tenions dans le Jardin.

Et maintenant le terme est venu, et je retourne vers le sol concret d'où j'ai été pris. » [retourner est shuv (שׁוּב), le verbe même de la teshuvah du ch. 2 : faire volte-face vers ce dont on vient. Le corpus emploie le même mot pour le retour vers la présence et pour le retour vers la poussière — *Genèse* 3:19 dit tashuv, de cette racine. ʾAdam ne dit rien de plus que ce que son corps fait : il s'en va vers ce dont il a été tiré]

Et ils furent saisis d'un grand tremblement [le tremblement précède le deuil. Personne ne pleure encore : ce qui traverse l'assemblée est d'abord physique, comme devant une chose trop grande pour la place qu'on a en soi. Et ils tremblent d'une parole entendue, non d'un spectacle vu — leur père vient de dire quelque chose, et c'est cela qui les atteint], car ils entendaient pour la première fois qu'un vivant pût cesser [et ils avaient pourtant vu mourir. Hevel est tombé sous la main de son frère (ch. 3), et cette mort-là avait quelqu'un derrière elle. Ce qu'ils entendent ici est autre chose : qu'un vivant puisse s'arrêter de lui-même, sans main et sans coupable, parce que sa mesure est pleine. Le texte pose les deux et ne les ajuste pas].

Et ʾAdam dit à Chavah et à Shet [il envoie ces deux-là, et non l'un de la multitude. Ce sont eux qui porteront la suite : la mère dira ce qui s'est passé au Jardin (ch. 6), le fils recevra la charge de le tenir (ch. 7). Le récit les met en route avant de leur donner ce qu'ils auront à porter] : « Allez à la porte du Jardin et suppliez YHWH ʾElohim (YHWH ʾElohim / יְהוָה אֱלֹהִים) ; peut-être [peut-être, et tout se tient dans ce mot. ʾAdam n'annonce pas ce qui sera fait, ne réclame pas, n'invoque aucun droit : il se tient au rang qui est le sien devant celui à qui il demande — c'est la yirah, qui n'est pas une peur mais une posture. La réponse, au ch. 5, sera un refus, et le mot l'avait laissée libre d'être un refus] accordera-t-il l'onction de l'arbre de la Vie (ʿetz hachayim / עֵץ הַחַיִּים) [l'arbre de la Vie, celui de *Genèse* 2:9, dont l'accès a été fermé par les Keruvim et la lame tournoyante. La demande d'Adam porte donc sur ce qui lui a été explicitement retiré — et le texte ne dit pas qu'elle soit déraisonnable, il dit qu'elle est faite], afin que je sois soulagé avant de partir. » [il ne demande pas de ne pas partir. Il vient de dire qu'il retourne au sol et il n'y revient pas : ce qu'il demande est d'être soulagé en chemin, ce qui est une requête beaucoup plus petite. Le récit ne la juge pas — il la rapporte, et il rapportera le refus]