La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

ʿanah

עָנָה

Prononciation

ʿa-NAH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le ʿ est un ayin. Serre le fond de la gorge comme pour le het, puis laisse les cordes vibrer : c'est un son plein, un peu étranglé, et non un blanc. La faute du lecteur francophone est de ne rien prononcer du tout et de dire « anah » — l'ayin disparaît alors, et le mot se range avec tous ceux qui commencent par un a.

Le h final est un he, lettre-support qui ne s'entend pas : on dit ʿa-NA.

Un homme dort. Le soleil vient de se coucher, un sommeil lourd est tombé sur lui, et avec le sommeil une obscurité qui pèse. C'est dans ce noir-là qu'une phrase lui est donnée, et elle ne parle pas de lui : elle parle de ceux qui viendront après lui. Ils seront étrangers dans un pays qui n'est pas le leur, ils serviront, et on les ʿanahera — quatre cents ans. ʾAvram n'a pas encore d'enfant. Il dort, et on lui annonce le dos de sa descendance.

Voilà le premier emploi du mot dans le corpus, et il faut entendre ce qu'il dit exactement. Pas « ils souffriront ». Pas « ils seront malheureux ». ʿanah veut dire courber, faire ployer — c'est un geste qu'on fait subir à quelqu'un, et qui se voit de dos.

La grammaire le confirme si nettement qu'on peut la compter. Sur les quatre-vingts emplois du témoin, cinquante-huit sont au piel, la forme intensive active : quelqu'un courbe quelqu'un. Six seulement sont au hitpael, la forme où l'on s'applique à soi-même ce que le verbe fait. Le mot n'est donc pas d'abord un état, c'est un acte, et il a presque toujours un auteur et une victime.

Ce qui suit dans le récit est ce qu'on attendrait le moins. Un seul chapitre plus loin, le verbe reparaît — et ce n'est pas Mitsrayim qui l'accomplit. C'est la maison de celui qui dormait. Une shifchah est enceinte, sa maîtresse se trouve allégée à ses yeux, et l'ʾish répond : elle est dans ta main, fais-lui ce qui est tov à tes yeux. Alors le texte écrit le mot : vateʿanneha — et Sarai la courba, et Hagar s'enfuit devant sa face.

Mets les deux phrases côte à côte. Le verbe annoncé contre la semence de ʾAvram par des gens de Mitsrayim est accompli par la maison de ʾAvram sur une femme de Mitsrayim, avant qu'un seul de ses descendants ait posé le pied là-bas. Le texte ne commente pas le rapprochement ; il se contente de poser les deux verbes à un chapitre d'écart et de laisser le lecteur les reconnaître.

Et le mot revient une troisième fois dans la même scène, retourné. Le malʾakh trouve la fugitive près d'une source et lui dit de rentrer — vehitʿanni tachat yadeiha, courbe-toi sous ses mains. Cette fois la forme est le hitpael : elle n'est plus courbée, elle se courbe. C'est le même geste, et ce n'est plus le même verbe, parce que ce n'est plus le même sujet qui l'accomplit. La langue tient les deux dans un seul mot ; le français en aurait fabriqué deux.

Puis la phrase du dormeur arrive à échéance. Des chefs de corvée sont établis sur un peuple, lemaʿan ʿannoto besivlotam — afin de le courber sous leurs charges —, et il bâtit des villes-magasins pour Parʿoh. Le verset suivant ajoute ce qui est peut-être la chose la plus étrange du corpus sur ce mot : plus on le courbait, plus il se multipliait et se répandait. La charge qui devait réduire produit le contraire de ce qu'elle vise.

Et le verbe finit par entrer dans le droit. Au Sinai, il est interdit — kol ʾalmanah veyatom lo teʿannun, vous ne courberez aucune veuve ni aucun orphelin —, et l'interdit s'assortit d'une garantie qui reprend mot pour mot ce qui avait été fait pour la shifchah : si tu le courbes, et qu'il crie vers moi, entendre, j'entendrai son cri. Ce qui s'était produit une fois pour une femme seule près d'une source devient une clause opposable, valable pour n'importe qui. Le peuple qu'on avait courbé reçoit la loi de ne pas courber.

Un second verbe s'écrit exactement pareil

Il existe un autre ʿanah dans le corpus, et il veut dire répondre, témoigner. C'est lui qu'on lit quand tout le peuple répond d'une seule voix au pied de la montagne, et c'est de loin le plus fréquent des deux — trois cent quatorze emplois contre quatre-vingts.

Rien ne les distingue à la lettre. Mêmes consonnes, même apparence, et pourtant ce sont deux racines, que le témoin sépare par son numéro et non par sa graphie. La ressemblance est belle et elle ne prouve rien : une racine partagée n'est pas une intention, et une racine qui n'est même pas partagée encore moins.

C'est écrit ici pour qu'aucune lecture future ne les fonde. Celui qui rencontre ce mot dans le corpus doit d'abord demander qui fait quoi à qui : si quelqu'un est courbé, c'est ce verbe-ci ; si quelqu'un prend la parole après un autre, c'est l'autre.

Formes

ʿinnah · ʿinnu · veʿinnu · veʿinnitem · vateʿanneha · vehitʿanni · ʿannoto · yeʿannu · ʿannotekha · teʿannun · ʿanneh · meʿannayikh

Source

6031 b · עָנָה