Intraduisible
gavah
Formes : gavah, gavoah, govah
Prononciation
ga-VAH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le g est toujours dur, comme dans « gare » — jamais le g de « geste ». C'est la faute probable d'un lecteur francophone, et elle guette toute cette famille.
Le v est un bet sans dagesh : la lettre qui fait b ailleurs se relâche ici en v.
Et le h final se prononce, ce qui est rare. Le he porte un mappiq — un point à l'intérieur de la lettre, que le témoin écrit —, et un he à mappiq n'est plus une lettre-support : c'est une consonne. Souffle-le. Ne le lis pas comme le h muet de Sarah ou de Chavah, où le he ne porte rien.
Trois choses qui montent, et personne ne les accuse
Un roi rebâtit la muraille extérieure de sa ville. Elle passe par la vallée, contourne l'épaulement de la colline, et le texte ajoute deux mots : il la fit monter beaucoup (vayagbiheha meʾod / וַיַּגְבִּיהֶהָ מְאֹד), 2 Chroniques 33:14. C'est ce verbe-là.
Un aigle dresse son nid dans la roche, et YHWH demande à un homme si c'est sur son ordre que l'aigle monte (yagbiah nasher / יַגְבִּיהַּ נָשֶׁר), *Iyov* 39:27. Encore ce verbe, et il est dit en éloge : c'est YHWH qui vante la bête.
Les shamayim sont hauts au-dessus de l'ʾeretz (gavhu shamayim meʾarets / גָבְהוּ שָׁמַיִם מֵאָרֶץ), *Ésaïe* 55:9 — ainsi mes chemins sont hauts au-dessus de vos chemins. Le même verbe deux fois dans une ligne, pour l'écart entre YHWH et nous.
Un mur, un aigle, les shamayim. Rien de tout cela n'est coupable d'être haut.
Ce que le français ajoute, et que l'hébreu ne dit pas
Nous avons deux mots là où l'hébreu n'en a qu'un. Haut décrit ; orgueilleux juge. Quand l'hébreu veut dire ce que nous appelons l'orgueil, il ne change pas de mot : il dit de quoi il parle.
Cela se compte, et le compte est le meilleur argument de cette fiche. Le verbe paraît 34 fois dans le témoin. Dix fois seulement il y a un lev dans le verset, et ces dix-là portent presque tous l'acte d'accusation qu'on croyait lire partout. Un roi entre au sanctuaire brûler l'encens qui ne lui revient pas, et le texte l'explique ainsi : son lev monta jusqu'à détruire (gavah libbo / גָּבַהּ לִבּוֹ), 2 Chroniques 26:16. Le prince d'une ville marchande s'entend dire : ton lev est monté, et tu as dit : je suis ʾEl (gavah libbekha vatomer ʾEl ʾani / גָּבַהּ לִבְּךָ וַתֹּאמֶר אֵל אָנִי), *Ézéchiel* 28:2.
Les vingt-quatre autres ne parlent de rien de tel. Ce sont des murs, des arbres, des aigles, des étincelles qui montent, les shamayim — et YHWH lui-même.
D'où la règle, et elle tient en une ligne : le mot ne juge pas. Il attend qu'on dise ce qui s'élève.
Le verset qui interdit de conclure trop vite
On se rabattrait volontiers sur la formule : ce ne serait pas la hauteur qui condamne, ce serait le lev qui monte. Le témoin dit non, et il le dit une seule fois, ce qui suffit.
Un roi de Yehudah ôte les hauts lieux de son pays, et le texte écrit, pour le louer : son lev monta dans les chemins de YHWH (vayigbah libbo bedarkhei YHWH / וַיִּגְבַּהּ לִבּוֹ בְּדַרְכֵי יְהוָה), 2 Chroniques 17:6.
Même verbe, même sujet, et c'est un éloge. Ce qui a changé n'est pas la hauteur du lev : c'est ce dans quoi il est monté. Le lev est le lieu où l'on arrête un dessein ; un lev qui monte dans les chemins de YHWH a grandi dans ce pour quoi il était fait, et l'autre a grandi dans sa propre force jusqu'à franchir un seuil qui n'était pas le sien.
Une seule occurrence contraire défait une règle que vingt-trois occurrences semblaient bâtir. C'est pourquoi on les a comptées.
Et YHWH monte
Voici ce qui ferme la question.
Et YHWH Tsevaot monta dans le mishpat, et l'ʾEl consacré fut consacré dans la tsedaqah (vayigbah YHWH tsevaot bamishpat / וַיִּגְבַּה יְהוָה צְבָאוֹת בַּמִּשְׁפָּט), *Ésaïe* 5:16.
Un mot qui nommerait un défaut de caractère ne pourrait pas être employé de lui. Il l'est, et dans le même souffle que le mishpat et la tsedaqah — c'est-à-dire au moment même où l'ordre est rendu droit. Le verbe est dit aussi de celui qu'il envoie : il sera exalté, élevé, et très haut (yarum venisa vegavah meʾod / יָרוּם וְנִשָּׂא וְגָבַהּ מְאֹד), *Ésaïe* 52:13.
L'autre bout : ce que refuse celui qui se tient bas
Alors on entend la prière autrement. YHWH, mon lev n'est pas monté, mes yeux ne se sont pas élevés (YHWH lo gavah libbi velo ramu ʿeinai / יְהוָה לֹא גָבַהּ לִבִּי וְלֹא רָמוּ עֵינַי), *Psaumes* 131:1.
Il ne renonce à aucune taille. Le verset suivant le compare à un enfant sevré contre sa mère, qui n'a rien perdu de la sienne. Ce qu'il refuse est d'être lui-même la chose qui monte.
C'est là que ce mot touche le ʿanav, celui qui est courbé. Entre les deux, il n'y a aucune quantité à répartir : il y a deux orientations. Et le témoin le montre par ses couples — l'hébreu n'oppose pas gavah à la faiblesse, il l'oppose à shafel, ce qui est bas : j'ai abaissé l'arbre haut, j'ai fait monter l'arbre bas (*Ézéchiel* 17:24). Ce n'est pas une échelle où l'on occupe un rang. C'est une paire que YHWH retourne.
Ce sur quoi cette fiche repose
Les 34 emplois du lemme dans le témoin hébreu, relevés par programme, et leur partage : dix versets portent un lev ou un levav, vingt-quatre non. Le contre-exemple de 2 Chroniques 17:6 est le seul de son espèce.
Un fait de répartition, qui se voit dès qu'on la regarde : le verbe n'a aucune occurrence dans la Torah. Il vit chez les neviʾim et dans les Ketouvim, et c'est Yehezqel qui en porte le plus — dix. Le nom govah est dans le même cas, aucune occurrence dans la Torah ; seul l'adjectif gavoah y entre, trois fois. Les fiches voisines portent le reste.
Formes
gavah · vegavah · vayigbah · vatigbah · yigbah · gavhu · yigbehu · vayigbahu · tigbahu · gavahta · higbahti · hagbeah · yagbiah · tagbiah · magbiah · vayagbiheha · hamagbihi · khigvoah
Source
1361 · גָּבַהּ