Intraduisible
YHWH Elohim
Prononciation
a-do-NAÏ é-lo-HIM — car on ne prononce pas le premier mot tel qu'il est écrit, et c'est la première chose à savoir de lui.
Les quatre lettres יהוה se lisent en disant Adonai, « mon Seigneur ». L'usage est ancien, et il tient à ce que le nom n'est pas à la disposition de celui qui l'emploie. Beaucoup disent aussi ha-Shem, « le Nom ».
Pour Elohim : é-lo-HIM, trois syllabes, accent sur la dernière. Le h est un he médian, il se prononce. La finale n'est pas nasale — on détache hi-m.
Deux noms qu'on ne trouve pas ensemble
(YHWH ʾElohim / יְהוָה אֱלֹהִים) — vingt fois de suite en *Bereshit* 2 et 3, puis presque plus jamais dans toute la Torah.
Il faut sentir l'étrangeté avant d'en chercher la raison. Le corpus vient de passer un récit entier — *Bereshit* 1 — à dire ʾElohim, et seulement ʾElohim : trente-cinq fois, sans une exception. Puis, au verset 4, les deux noms se collent, et ils ne se décolleront plus jusqu'à la sortie du Jardin.
Ce que chacun apporte
Tenez-vous devant le récit qui précède.
ʾElohim est celui qui ordonne le cosmos. Il sépare, il nomme, il assigne. Il ne s'adresse à personne : il formule, et la chose advient. C'est le nom d'une fonction souveraine, et il ne suppose aucun vis-à-vis.
YHWH, lui, est un nom propre. On ne l'a pas encore reçu — il ne sera expliqué qu'à Mosheh devant le buisson, et le §7 de l'ONT réserve cette explication à son lieu. Mais on peut déjà voir ce qu'il fait dans une phrase : c'est le nom par lequel quelqu'un peut être appelé.
Ce que la juxtaposition produit
Regardez ce qui change entre les deux récits, sans rien ajouter au texte.
En *Bereshit* 1, ʾElohim parle et cela est. En *Bereshit* 2, YHWH Elohim façonne de la poussière avec ses mains, souffle dans des narines, plante un jardin, fait passer les bêtes devant l'homme pour voir comment il les appellera, marche dans le jardin à la brise du jour, coud des tuniques de peau.
Ce n'est pas un autre dieu. C'est le même, à portée de voix.
Et la formule dit exactement cela : celui qui a ordonné le cosmos est celui qui parle à cet homme-là. Un lecteur ancien connaissait des dieux d'empire, si hauts qu'ils n'avaient pas de nom pour un particulier, et des dieux domestiques, assez proches pour qu'on leur parle mais trop petits pour tenir le ciel. La juxtaposition refuse ce partage.
Pourquoi elle s'arrête
Elle cesse quand ils sortent du Jardin. Après quoi le corpus emploie l'un ou l'autre, selon ce qu'il raconte — et la répartition n'est ni un hasard ni la trace de deux mains, comme on l'a longtemps dit : c'est une différence de registre.
Le seul endroit où les deux redeviennent inséparables est celui où la proximité et la souveraineté doivent être tenues ensemble : l'espace où ʾElohim et l'homme habitent le même lieu.
Ce que cette fiche ne fait pas
Elle ne traite pas YHWH. Le §7 de l'ONT range *Exode* 3:1-15 — ehyeh asher ehyeh — parmi les passages qui ne se traitent pas en autonomie, et la décision sur la manière de rendre ce nom dans tout l'ONT y est réservée. On ne l'anticipe pas ici.
Ce sur quoi cette fiche repose
*Genèse* 2:4 à 3:24, où la formule paraît vingt fois. Elle sera reprise quand *Shemot* 3 sera écrit.
Voir aussi
Le nom propre : YHWH, dont le traitement définitif attend *Shemot* 3.
Le titre de maîtrise : ʾAdonai — mon seigneur, de adon. C'est lui qu'on prononce à la place des quatre lettres, et il paraît pour la première fois dans la bouche d'ʾAvram, en *Genèse* 15:2, quand il demande à quoi bon tout cela s'il reste sans descendance. Le premier homme qui appelle YHWH Adonai le fait pour se plaindre.
Le nom d'ordonnance : ʾElohim, et le pluriel à accord singulier qu'il porte.
Source
3068 + 430 · יְהוָה אֱלֹהִים
Deux mots, deux numéros, comme basar ʾechad : la formule de *Bereshit* 2-3 est un composé, non un lemme.