La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

seter

Prononciation

SÉ-ter — deux syllabes, accent sur la première. C'est l'une des exceptions que le §2.12 annonce : la règle générale met l'accent au bout du mot, et les noms bâtis sur ce moule — Nefesh, erev, boqer — le prennent à revers.

Aucune lettre difficile ici. Le s est un samekh, toujours sourd : jamais le z de « rose ». Le premier e est fermé comme dans « été », le second ouvert comme dans « mer ».

La salle qu'on vide

Un homme monte l'escalier d'une chambre haute, en été. Il dit sept mots au roi assis là : j'ai un davar de seter pour toi, ô roi (devar seter / דְּבַר סֵתֶר). Le roi lève la main, et tous ceux qui se tenaient dans la salle sortent.

Regarde ce qui vient d'arriver. Rien n'a encore été dit. Aucune chose n'a changé de mains, aucune nouvelle n'a été livrée. Ce qui a changé, c'est la pièce : elle est devenue un endroit d'où l'on n'est pas vu. Et c'est là, seulement là, que le poignard sort.

Le mot qui a vidé la salle, c'est celui-ci.

Ce que le mot dit

Seter (seter / סֵתֶר) vient de la racine ס־ת־ר (satar) — se dérober à la perception.

Et voici ce qu'il faut tenir avant tout le reste : un seter n'est pas un contenu, c'est un endroit.

Le témoin le dit par sa grammaire, et le compte est net. Sur les trente-cinq emplois du corpus hébreu, vingt-quatre portent la préposition be- ou ba-, « dans » : ba-seter (בַּסֵּתֶר). On n'a pas un seter — on est ba-seter, à couvert, comme on est dans une pièce.

Ce que la scène de la chambre haute montre, la grammaire le confirme : le mot ne nomme pas ce que l'homme sait. Il nomme la salle vidée.

Ce que « secret » rate

En français, un secret est une chose qu'on retient. Il a un propriétaire. On le garde, on le vend, on l'évente. Dire « il a un secret », c'est parler de ce qu'il sait.

Le seter ne fonctionne pas ainsi. Il n'appartient à personne : il se prend, comme on prend un poste. Deux hommes peuvent être ba-seter au même instant sans rien partager du tout — ils occupent la même sorte de position, voilà tout.

Un secret est un contenu, et il est à celui qui le sait. Un seter est une position, et il est à quiconque s'y met.

Le mot ne juge pas ce qui s'y tient

C'est le point qui surprend, et il faut le tenir jusqu'au bout : le corpus emploie ce mot pour les deux camps, sans changer de ton.

D'un côté, l'embuscade. ʾArur makkeh reʿehu basater (אָרוּר מַכֵּה רֵעֵהוּ בַּסָּתֶר) — frappé de dysfonctionnement, celui qui frappe son prochain à couvert (*Deutéronome* 27:24). C'est de là aussi qu'on vient chuchoter l'appel à servir d'autres ʾelohim (*Deutéronome* 13:7), qui est le premier emploi du mot dans le corpus.

De l'autre, l'abri. Yoshev beseter ʿElyon (יֹשֵׁב בְּסֵתֶר עֶלְיוֹן) — celui qui habite au couvert du Très-Haut (*Psaumes* 91:1). Et YHWH lui-même : ʾatah seter li (אַתָּה סֵתֶר לִי), « tu es mon couvert » (*Psaumes* 32:7).

Le même mot. Rien dans le vocable ne dit si ce qui s'y tient est tov ou raʿ ; il dit seulement qu'on n'y est pas vu. Ce qui juge, c'est ce qu'on y fait.

Ce que YHWH en prend, et ce qu'il en refuse

Deux gestes, et ils ne se contredisent pas.

Il prend le seter pour sa présence : yashet choshekh sitro (יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סִתְרוֹ), « il pose les ténèbres, son couvert » (*Psaumes* 18:12). Le §6 dit pourquoi ce n'est pas une dérobade : un contact non médiatisé entre deux densités inégales détruit ce qui est le moins dense. Le couvert est ce qui rend l'approche survivable, et c'est le même office que le raqiaʿ tient à l'échelle du cosmos.

Il refuse le seter pour son davar : lo vaseter dibbarti (לֹא בַסֵּתֶר דִּבַּרְתִּי), « je n'ai pas parlé à couvert » (*Ésaïe* 45:19).

C'est une distinction que le français perd tout entière, faute d'avoir deux mots : ce qui se dérobe au regard n'est pas ce qui se dérobe à l'oreille. Sa présence est voilée ; sa parole, jamais.

Ce que le récit en fait

Deux scènes pour finir, et elles se répondent.

Un naviʾ debout devant un roi : ʾatah ʿasita vasater (אַתָּה עָשִׂיתָ בַסָּתֶר) — « toi, tu as fait cela à couvert » — et moi, dit YHWH, je ferai cette chose devant tout le peuple et neged hashamesh (וְנֶגֶד הַשָּׁמֶשׁ), devant le soleil (2 Samuel 12:12). Le seter n'est pas puni : il est retourné. Ce qui fut fait sans témoin sera refait avec le plus grand témoin qu'il y ait.

Et la table de la femme insensée : velechem setarim yinʿam (וְלֶחֶם סְתָרִים יִנְעָם), « et le pain des couverts est doux » (*Proverbes* 9:17). Le pluriel tranche la question : des endroits, au pluriel, jamais des savoirs. On ne met pas des secrets au pluriel dans une assiette.

Ce que le grec en a fait, et ce que ça nous a coûté

Les traducteurs grecs ont rendu ce mot dix-neuf fois, et leur solution la plus fréquente — près d'un tiers — fut apokryphos. C'est le mot qui donnera « apocryphe ».

Suis le glissement, parce qu'il est exactement celui que cette fiche refuse. Apokryphos a cessé très vite de nommer une position pour nommer un écrit qu'on met de côté, puis un contenu qu'on soustrait au lecteur ordinaire. Le mot a migré du lieu vers la chose, et de la chose vers le soupçon.

Le §1 rejette cette catégorie pour le corpus, et il faut voir qu'elle n'a pas d'ancêtre hébreu : il n'y a pas de seter apocryphe, parce qu'un seter ne se range pas dans une bibliothèque. Le reste du partage grec va au même endroit — kryphê, lathra, deux adverbes qui disent « en cachette », c'est-à-dire une manière d'agir, et non un endroit où l'on est.

(Le pont vers la Septante est fort à l'agrégat et faible au mot : on lit ici une répartition, jamais un verset.)

Formes

seter · ba-seter · beseter · vaseter · basater · sitro · sitri · setarim

Source

5643 a · סֵתֶר