La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

nistar

Formes : nistar, nistarot, Nistarot

Prononciation

nis-TAR — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12). Le pluriel nis-ta-ROT en fait trois, l'accent restant au bout.

Rien ici ne piège un francophone, et c'est assez rare dans ce lexique pour être dit. Une seule vigilance : le s est un samekh, pas un shin. On dit nis-, jamais nich-.

La phrase qui referme

Fin de la Torah. Un vieil homme parle devant tout le peuple rassemblé. Il vient d'étendre devant eux, sans rien épargner, ce qui attend celui qui tient et celui qui lâche — le fer du ciel, la semelle qui s'use, les noms effacés de dessous les shamayim.

Puis il s'arrête, et dit une phrase qui referme ce qu'il vient d'ouvrir : hanistarot laYHWH ʾEloheinu (הַנִּסְתָּרֹת לַיהוָה אֱלֹהֵינוּ) — ce qui est voilé est à YHWH notre ʾElohim — vehaniglot lanu ulevaneinu (וְהַנִּגְלֹת לָׄנׄוּׄ וּׄלְׄבָׄנֵׄיׄנׄוּׄ) — et ce qui est découvert est à nous et à nos fils.

Maintenant regarde ce que les scribes ont fait de ce verset-là, et d'aucun autre alentour. Au-dessus de lanu ulevaneinu, « à nous et à nos fils », ils ont posé dix points, un par lettre. Le témoin les porte encore ; ils sont dans la ligne ci-dessus, au-dessus des lettres. Personne, dans toute la tradition, n'a jamais su dire avec certitude ce qu'ils signalent.

Le verset qui nomme le voilé porte sur lui-même une marque que personne ne sait lire.

Ce que le mot dit

Nistar (nistar / נִסְתָּר) est le niphal de la racine ס־ת־ר (satar) — la même que seter, le couvert.

Le niphal est la voix moyenne de l'hébreu (§3.4) : ni tout à fait passive, ni tout à fait réfléchie. Et c'est là que tout se joue.

Un passif français appelle quelqu'un qui agit. Dire d'une chose qu'elle est « cachée », c'est demander aussitôt : cachée par qui, et pourquoi nous la soustrait-on ? Le niphal n'appelle personne. Il dit que la chose se dérobe d'elle-même, sans que nul ne l'ait ôtée du champ.

Le témoin le montre ailleurs avec la même forme, et le cas est décisif parce qu'il est banal : hanishʾarim vehanistarim (הַנִּשְׁאָרִים וְהַנִּסְתָּרִים), « ceux qui restent et ceux qui se tiennent hors de vue » (*Deutéronome* 7:20). Il s'agit d'hommes qui fuient devant une armée. Personne ne les a cachés ; ils se sont mis à couvert eux-mêmes.

Une mesure, qui dit la même chose

Le corpus hébreu emploie cette racine quatre-vingt-une fois, et jamais au hasard des formes. Quarante-quatre fois au hiphil — faire se dérober, soustraire une chose au regard. Trente fois au niphal — se dérober. Cinq fois au hitpael, se tenir à couvert. Une fois au piel, une au pual.

Et zéro fois au qal. La forme simple — celle qui dirait platement « cacher », un sujet et un objet — n'existe nulle part dans le corpus hébreu. Cette racine ne connaît que des modes où le sujet et l'objet ne sont pas ceux qu'on croit : ou bien on fait en sorte que la chose se dérobe, ou bien elle se dérobe seule.

C'est un fait de langue, et il décide de la traduction : il n'y a pas de verbe « cacher » derrière nistar.

Le grec l'a d'ailleurs entendu ainsi, et c'est la seule fois où il faut le créditer. Sur quarante-quatre rendus de cette racine, la solution majoritaire — près de six sur dix — n'est pas le verbe « cacher » mais apostrephô, se détourner. C'est l'idiome du visage qui se retire, non celui de la main qui dissimule. Le verbe « cacher » n'arrive qu'en second, à un quart.

(Le pont vers la Septante est fort à l'agrégat et faible au mot : on lit ici une répartition, jamais un verset.)

Ce que la traduction doit refuser

« Les mystères ». Le mot vient des cultes hellénistiques, où un mystêrion est un savoir réservé, transmis à des initiés au terme d'une épreuve. Il change de mains : c'est même sa raison d'être, et le prix d'entrée en fait partie. Le nistar ne change jamais de mains — le verset dit qu'il appartient à YHWH, et ne dit nulle part qu'on puisse l'acquérir.

« Les choses secrètes ». Meilleur, et faux quand même : cela suggère un contenu qu'on pourrait divulguer, donc une rétention, donc quelqu'un qui retient. Voir la fiche de seter : cette racine ne dit pas ce qu'on garde, elle dit ce qui n'est pas dans le champ.

Ce que cela change pour le quatrième mode

Les Nistarot sont l'un des quatre modes de la Kenesset (§1) — celui de la traversée architecturale : le conseil divin, les hiérarchies célestes, les puissances derrière les empires.

On croirait donc que ce mode lève le voile, et que son nom désigne ce qui a cessé d'être voilé. C'est l'inverse.

Le verset ne dit pas que le voilé le restera. Il dit à qui il appartient, et cela reste vrai après qu'on l'a vu. Un chozeh traverse et revient : ce qu'il a vu ne lui est pas remis. Il en garde la charge, non la propriété — et c'est pourquoi le corpus montre les siens sans force, alités, incapables de rendre compte de ce qui vient de passer devant eux.

C'est aussi pourquoi le mode porte ce nom et non giluy (§1). Giluy est un dévoilement, donc un état qui a changé. Nistarot nomme ce qui ne change pas d'état quand on le regarde.

Et il y a un nistar en dedans

Le mot ne vise pas seulement ce qui est au-dessus. Un homme prie : ministarot naqqeni (מִנִּסְתָּרוֹת נַקֵּנִי), « de ce qui m'est voilé, purifie-moi » (*Psaumes* 19:13). Il vient de demander, juste avant : les égarements, qui les discerne ?

Il ne parle pas de fautes qu'il dissimulerait — de celles-là il aurait la daʿat, et il pourrait les rapporter. Il parle de ce qui se dérobe à son propre regard sur lui-même. Même racine, même structure, même absence d'agent : ce n'est pas dissimulé, c'est hors du champ.

Et six versets plus haut, dans le même chant, le mot paraît une seconde fois : veʾein nistar mechammato (וְאֵין נִסְתָּר מֵחַמָּתוֹ), « et rien ne se dérobe à sa chaleur », dit du soleil qui sort d'un bout des shamayim et court jusqu'à l'autre. Rien ne peut prendre cette position-là devant lui.

Un chant, deux emplois : ce qui échappe au regard d'un homme sur lui-même, et ce qui n'échappe pas au parcours de la lumière. Le nistar est toujours relatif à un regard, et c'est le regard qui change, jamais la chose. C'est ce que dit déjà le kli : ce qui décide du régime de perceptibilité n'est pas la chose regardée.

Ce sur quoi cette fiche repose

Les quatre-vingt-une occurrences de la racine dans le témoin hébreu, dont trois seulement donnent le participe substantivé qui fait ce mot : *Deutéronome* 29:28, *Deutéronome* 7:20 et *Psaumes* 19:13.

Aucun livre du mode des Nistarot n'est encore écrit dans l'ONT. La fiche devra être reprise quand ils le seront — le mot ne changera pas, mais ce que le corpus en montre, oui.

Formes

nistar · nistarot · Nistarot · hanistarot · hanistarim · ministarot

Source

5641 · נִסְתָּר