Intraduisible
chozeh
חֹזֶה
Formes : chozeh, Chozeh, roʿeh
Prononciation
cho-ZEH — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le ch est un het : serre le fond de la gorge comme pour souffler sur une vitre, et souffle. Jamais le « ch » de « chat », qui se fait avec la langue à l'avant.
Il y a voir, et il y a tenir son regard sur quelque chose jusqu'à ce que la chose s'ouvre.
Nous connaissons la différence sans la nommer. On peut regarder un visage et n'en rien savoir ; on peut le regarder autrement, et y lire ce qu'il ne dit pas. Ce n'est pas une question d'acuité — c'est une autre façon de regarder.
L'hébreu a deux mots là où le français n'en a qu'un.
Ce que le mot dit
Chozeh (חֹזֶה) vient de chazah (chazah / חָזָה) — contempler, percevoir dans la vision.
Il ne dit pas qu'on aperçoit quelque chose. Il dit qu'on traverse ce qui, à un regard ordinaire, reste fermé.
Ce qui le sépare du roʿeh
| | ce qu'il fait | ce qu'il atteint | |---|---|---| | roʿeh | il voit | ce qui vient, le chemin, le danger | | chozeh | il pénètre | ce qui reste voilé aux autres |
Les deux sont des dimensions du même naviʾ, et l'un n'est pas le rang supérieur de l'autre. C'est une différence de profondeur d'accès, non de mérite.
Ce que le grec a détruit ici, et c'est le cas le plus net
Les traducteurs grecs ont pris chozeh, roʿeh et naviʾ — trois mots distincts — et les ont rendus par un seul : prophētēs, celui qui parle devant.
Regarde ce que ce mot unique retient : une fonction de porte-voix. Quelqu'un qui transmet un message.
Et regarde ce qu'il perd : la gradation de profondeur. Après cette traduction, on ne peut plus dire, en lisant un texte, si l'on parle d'une identité, d'une vision ordinaire, ou d'une contemplation de ce qui est voilé. Les trois portent le même habit.
> C'est le cas où la perte se mesure le mieux : trois mots entrent, un seul > sort, et rien dans le mot qui sort ne dit qu'il en a avalé deux.
Une note de graphie, qui n'est pas un détail
On écrit parfois « hozeh ». C'est faux, et la faute est la même que « Hénoch » pour Chanokh : חֹזֶה commence par un het, que la translittération de l'ONT rend `ch`. Le `kh` et le `h` appartiennent à d'autres lettres.
Source
2374 · חֹזֶה