Intraduisible
roʿeh
רֹאֶה
Formes : roʿeh, Roʿeh
Prononciation
ro-ʿÉ — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le ' est un alef ou ayin : un petit arrêt de la glotte qui coupe la syllabe, comme dans « ah ! ah ! » prononcé nettement.
Le h final est un he, et il ne se prononce pas : c'est une lettre-support, qui porte la voyelle sans ajouter de son. On dit ro-ʿÉ. Ne pas l'aspirer — et ne pas le confondre avec le he initial de hineni, qui s'entend, lui.
Un homme est assis sur une hauteur, au-dessus du troupeau. Il ne fait rien — c'est ce qu'on croit en le regardant.
En réalité il travaille, et son travail est de voir : où l'herbe sera encore là dans trois jours, par où l'eau se rejoint, quelle combe cache un fauve. Le troupeau, lui, ne voit que le mètre devant ses pattes.
Quand il se lève et que les bêtes le suivent, la conduite a déjà eu lieu. Elle s'est faite là-haut, dans le regard.
Un mot, deux verbes
C'est ce que roʿeh (רֹאֶה) porte, et l'hébreu l'écrit d'une façon qui surprend : deux verbes différents s'écrivent avec les mêmes lettres.
raʾah רָאָה voir, percevoir, discerner raʾah רָעָה paître, conduire un troupeau
Ce n'est pas un accident de la langue, et l'ONT ne choisit pas entre les deux. Le roʿeh est celui qui conduit parce qu'il voit, et l'ordre compte : la vision précède la conduite et la fonde.
> Pas de roʿeh sans regard. Un homme qui mène sans voir ne mène pas — il > suit le troupeau en marchant devant.
Ce que « pasteur » a laissé tomber
Le mot français ne garde que la moitié qui se voit : la conduite, le soin, la proximité avec les bêtes.
Ce qui disparaît est la moitié qui fonde l'autre. Un « pasteur » qui ne discerne rien — qui administre, organise, réconforte, sans jamais voir où mène le chemin — n'est pas un roʿeh diminué. C'est autre chose, et l'hébreu n'a pas de mot pour ça.
Sa place parmi les cinq
Le roʿeh est une des cinq dimensions du naviʾ, et elle a un voisin dont il faut la séparer.
Le chozeh contemple ce qui reste voilé — il pénètre. Le roʿeh voit le chemin, ce qui vient, le danger. Ce n'est pas une différence de dignité : c'est une différence de profondeur d'accès, que le grec a effacée en fondant les deux dans un seul mot.
Un texte ancien signale d'ailleurs que l'usage a bougé : celui qu'on appelle aujourd'hui naviʾ s'appelait autrefois roʿeh. Le corpus le note lui-même, et l'ONT s'en tient à ce qu'il porte.
Les deux racines, et leurs numéros
Le témoin les compte à part, et l'ONT les garde à part :
7200 רָאָה voir 1305 emplois 7462 b רָעָה paître 156 emplois
La Source ci-dessous ne porte que la première, parce qu'elle n'a qu'une forme absolue à donner et que ce sont deux graphies. Le roʿeh de l'ONT est le point où les deux se rejoignent.
Cette fiche affirmait que 7203 « n'est attesté nulle part dans le témoin ». C'était faux, et corrigé le 16 septembre 2026. Le témoin en porte cinq occurrences en quatre versets, dont 1 Shemuel 9:9 — le verset que cette fiche cite elle-même quelques lignes plus haut :
7203 a הָרֹאֶה 1 Shemuel 9:9 (×2), 9:11, 9:18, 9:19 HTd/Vqrmsa
(Le témoin porte aussi un `7203 b`, une fois, en Yeshayahu 28:7 — mais c'est un autre mot, et la Source ci-dessous dit pourquoi il n'est pas revendiqué.)
Et la morphologie dit ce que l'affirmation fausse empêchait de voir : les cinq emplois de 1 Samuel sont étiquetés participe — `Vqrmsa`, qal participe masculin singulier — et non nom. Le témoin traite donc « le voyant » comme un participe pourvu d'un article, ce que cette fiche soutenait. Il lui donne simplement un numéro, là où elle croyait qu'il n'en avait aucun.
Ce que le français appelle « le voyant » n'a toujours pas de mot à lui en hébreu. Il a un participe, et il faut choisir de quel verbe. La conclusion tenait ; c'est la preuve qui était fausse.
Source
7203 a · רֹאֶה
Le numéro du Voyant, non celui du verbe voir. Décision de l'auteur du 18 septembre 2026. La fiche déclarait `7200`, qui est le numéro de raʾah et celui de `lexique/raʾah.md` — deux fiches réclamaient donc la même clé, et la liseuse, ne pouvant départager, n'en ouvrait aucune.
Le témoin sépare, et il le fait par l'article :
7203 a הָרֹאֶה 1 Shemuel 9:9 (×2), 9:11, 9:18, 9:19 Td/Vqrmsa 7200 רֹאֶה Bereshit 13:15, 31:5, 31:43, 39:23… Vqrmsa, nu
Sous `7203`, le mot est une charge : on se déplace pour trouver le Voyant, il a une maison, il se présente comme tel. Sous `7200`, quelqu'un est en train de voir, et cela finira. La lettre augmentée compte, et dans les deux sens (§2.5 ter). Une fiche qui déclarerait `7203` nu ne joindrait rien : le témoin n'écrit jamais ce numéro sans lettre. Et `7203 b` n'est pas ce mot-ci : *Yeshayahu* 28:7 écrit `בָּרֹאֶה`, rangé par la préposition `b/` dans la même série que dans le vin et dans la boisson forte — la chose vue, non celui qui voit, et le kohen et le naviʾ y sont ceux qui chancellent. La revendiquer enverrait le lecteur du Voyant vers l'égarement des ivrognes.
Ce que cette Source n'atteint pas, et il faut le dire. Cinq emplois portent le mot comme titre — Hanani le roʿeh, Shemuel le roʿeh — et le témoin les range sous `7200` en les étiquetant noms (`1 Divrei Hayamim` 9:22, 26:28, 29:29 ; `2 Divrei Hayamim` 16:7, 16:10). L'étiquette morphologique y dit l'inverse du numéro. Ils sont inatteignables aujourd'hui et le restent : les départager demanderait une règle morphologique que le §2.5 ter interdit.
Et `1 Divrei Hayamim` 2:52 porte la même graphie sous `7204` — Haroeh, un Shem, qui relève du §2.10 et ne doit jamais ouvrir cette fiche.
Dans le corpus
1 occurrence