Intraduisible
malkhut
Formes : malkhut, mamlakhah, melukhah
Prononciation
mal-KHOUT — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le kh est un khaf : la langue frotte contre le palais mou, le ch de l'allemand Bach, la jota espagnole. Ce n'est pas un `k`, et c'est là toute la faute probable — mal-KOUTE, avec une occlusive nette, se dit très naturellement en français et ne rend aucune lettre hébraïque.
Le ou est celui de « loup ». Il n'y a rien d'autre à surveiller : le m et le l se disent comme en français.
Retiens le contraste avec malkah, qui est le même mot à une lettre près et que l'ONT écrit avec un `k` : là le témoin pointe la lettre d'un dagesh, ici il ne la pointe pas. Même consonne, deux prononciations, et la graphie de l'ONT le dit (§2.9).
Une charge se compte en années
Ouvre n'importe quel rouleau de l'époque perse et regarde comment une phrase commence. En l'an trois de sa malkhut, en l'an deux de la malkhut du grand roi. C'est ainsi qu'on date un acte, une lettre, une déportation : on compte depuis le jour où un homme a pris sa charge.
Voilà ce que le mot nomme. Pas un pays — une tenure. Ce qu'un homme tient, et pendant combien de temps il le tient.
Et c'est mesurable dans le témoin, ce n'est pas une impression. Sur les quatre-vingt-onze emplois du mot, douze sont des formules de datation, et un seul est au pluriel. On ne compte pas les malkhut comme on compte des provinces ; on compte les années dans une seule.
Le mot porte presque toujours une queue
Prends les quatre-vingt-onze emplois et regarde la fin du mot. Quarante-quatre portent un suffixe possessif — sa malkhut, ta malkhut, leur malkhut. Et quand le mot n'a pas de suffixe, il est presque toujours suivi d'un nom : vingt-cinq fois il régit un nom propre, la malkhut d'un tel.
Additionne : sur quatre-vingt-onze emplois, les deux tiers rattachent la chose à quelqu'un. Ce n'est pas un détail de grammaire, c'est la définition du mot rendue visible. Une malkhut est toujours la malkhut de quelqu'un, parce qu'une charge est ce qui pèse sur des épaules nommées.
Le siège le dit aussi. Le grand roi est assis sur le trône de sa malkhut (kisse malkhuto / כִּסֵּא מַלְכוּתוֹ), et le trône n'est pas la malkhut : il est le meuble d'où on l'exerce.
Ce qu'on pose sur une tête, et ce qu'on offre à un banquet
Deux scènes de la même cour montrent ce qu'on peut faire d'une charge.
Dans la première, on amène une femme devant l'assemblée avec le diadème de la malkhut (bekheter malkhut / בְּכֶתֶר מַלְכוּת), pour montrer aux peuples qu'elle est belle. Elle refuse de venir. Plus tard, le même diadème est posé sur une autre tête (keter malkhut beroshah / כֶּתֶר מַלְכוּת בְּרֹאשָׁהּ). L'objet n'a pas changé de nature en changeant de tête : c'est un signe qu'on met et qu'on ôte, et la charge avec lui.
Dans la seconde, le roi dit trois fois à cette femme, toujours pendant qu'on boit : jusqu'à la moitié de la malkhut (chatsi ha-malkhut / חֲצִי הַמַּלְכוּת), et cela te sera donné. Remarque qu'il ne donne jamais rien de tel, et que personne ne le lui demande. C'est une manière de dire « demande grand ».
Mais écoute quand même ce que la formule suppose. On ne coupe pas un pays en deux au milieu d'un festin ; on peut en revanche promettre la moitié de ce qu'on a la main de faire. La formule n'est possible que parce que le mot désigne une capacité d'agir, et non une étendue.
Une charge peut ne pas tenir
Le plus dur des emplois est un père qui parle à son fils.
Il lui explique que tant qu'un certain homme sera vivant sur l'adamah, tu ne seras pas affermi, ni toi ni ta malkhut (lo tikkon attah umalkhutekha / לֹא תִכּוֹן אַתָּה וּמַלְכוּתֶךָ). Le verbe est celui qu'on emploie pour un bâtiment qu'on assied sur ses fondations.
Une charge est donc une chose qui tient debout ou qui ne tient pas. Elle n'est pas acquise par la naissance de celui qui devrait l'avoir : le père le sait, et c'est pourquoi il a peur. Le fils, lui, ne la défendra pas.
Ce que YHWH en a
Le mot monte enfin là où il ne peut plus se compter en années.
Un chant dit que YHWH a établi son trône dans les shamayim, et sa malkhut gouverne sur tout (umalkhuto bakol mashalah / וּמַלְכוּתוֹ בַּכֹּל מָשָׁלָה) — le verbe est celui de la gouvernance déléguée, celui-là même qui est donné aux luminaires sur le temps.
Un autre va plus loin et prend le mot par son point faible. Toute malkhut d'homme se date : elle a une première année et une dernière. Alors le chant écrit ta malkhut est une malkhut de tous les ʿolam (malkhutekha malkhut kol ʿolamim / מַלְכוּתְךָ מַלְכוּת כָּל עֹלָמִים). Il ne dit pas qu'elle est grande, il dit qu'on ne peut pas en compter les années — et l'ʿolam est très exactement l'horizon que le regard n'atteint pas.
Le mot garde son suffixe jusque-là. C'est encore ta malkhut : une charge, et celui qui la porte.
Ce qui la sépare de ses deux voisines
Trois mots de la même racine que le français range tous sous « royauté » et « royaume ».
La mamlakhah est le territoire, et elle se mesure en villes. La melukhah est la fonction en tant qu'elle passe d'une main à l'autre, et elle n'appartient grammaticalement à personne. La malkhut est la charge tenue, et elle se mesure en années.
Garde l'image, elle suffit : on compte une mamlakhah en villes, une malkhut en années, et on ne compte pas une melukhah du tout.
Ce sur quoi cette fiche repose
Les quatre-vingt-onze emplois du lemme dans le témoin, relevés par programme avec leur morphologie : un pluriel, quarante-quatre suffixes possessifs, vingt-cinq régimes de nom propre, douze formules de datation.
La répartition entre les trois mots a été éprouvée sur les Chroniques, qui emploient les deux premiers dans le même livre : la malkhut y garde zéro pluriel et cinquante-sept pour cent de suffixes, la mamlakhah vingt-sept pour cent de pluriels et aucun suffixe. La distinction n'est donc pas un effet d'époque, elle tient à l'intérieur d'un seul auteur.
Le corpus de l'ONT n'a pas encore rencontré ce mot : son unique emploi dans la Torah est un oracle des Nombres, et il y porte déjà son suffixe. La fiche sera reprise quand les Neviʾim et les livres de la cour seront écrits.
Voir aussi
melekh, celui qui tient la charge. mamlakhah, le territoire. melukhah, la fonction qui se transmet. kavod, le poids d'une fonction. ʿolam, l'horizon où le compte des années s'arrête.
Formes
malkhut · ha-malkhut · malkhuto · malkhutekha · malkhuti · malkhutam · malkhutah · malkhuyot
Source
4438 · מַלְכוּת