Intraduisible
malkah
מַלְכָּה
Prononciation
mal-KA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le k est ici un vrai `k` français, net, comme dans « carte ». C'est le seul mot de sa famille où il en soit ainsi, et ce n'est pas un hasard de graphie : le témoin pointe cette lettre d'un dagesh, le petit point qui durcit la consonne. Dans malkhut, la même lettre n'est pas pointée, et elle devient le frottement de palais du khaf.
Ne va donc pas chercher de gorge ici. C'est la faute probable de qui a déjà lu deux ou trois fiches de cette racine et a pris l'habitude de racler : mal-KHA serait un autre mot.
Le h final ne se prononce pas — lettre-support, comme dans Sarah ou Chavah (§2.9). On dit mal-KA.
La forme construite déplace l'accent : mal-KAT, quand on dit la malkah de tel pays.
Une femme arrive avec des chameaux
Elle a entendu parler d'un roi, très loin au midi, et elle se met en route. Le récit dit qu'elle vient pour l'éprouver par des énigmes. Elle arrive avec une escorte très lourde, des chameaux portant des aromates, de l'or en quantité, des pierres précieuses. Elle pose ses questions. Il répond à tout. Elle regarde la maison qu'il a bâtie, la nourriture de sa table, la tenue de ses serviteurs, et le souffle lui manque.
Puis elle donne — cent vingt talents d'or, des aromates comme on n'en reverra pas —, et il donne à son tour, tout ce qu'elle avait désiré, ce qu'elle avait demandé. Et elle s'en retourne dans son pays.
Le mot qui la nomme est celui de cette fiche, et il est toujours en construit : la malkah de son pays (umalkat Shevaʾ / וּמַלְכַּת שְׁבָא). Huit fois dans le témoin, jamais autrement. Elle n'est pas « une reine » ; elle est celle qui répond d'un lieu nommé, exactement comme un melekh répond du sien. C'est pourquoi elle voyage seule, décide seule, donne seule et repart : il n'y a personne au-dessus d'elle dans son pays.
L'autre position : celle qui se tient à côté
Ouvre maintenant un rouleau de la cour perse, et le même mot fait tout autre chose.
Il y paraît vingt-cinq fois, et vingt-trois d'entre elles sont la même forme : ha-malkah, avec l'article, seule, sans complément. Elle n'est la malkah de rien. Elle est la malkah, et le mot qui l'accompagne presque à chaque ligne est ha-melekh, le roi.
Regarde une scène. Le roi donne un festin de sept jours dans la cour du jardin ; et aussi la malkah fit un festin de femmes, dans la maison du roi. Deux banquets, deux salles, un seul palais. Au septième jour, il envoie sept eunuques la chercher pour la montrer aux peuples, avec le diadème de la malkhut sur la tête. Elle refuse de venir. On la démet.
Voilà la seconde position. Ce n'est pas un rang inférieur, c'est un rang adossé : elle a sa maison, ses femmes, ses eunuques, et un pouvoir réel — la suite du livre le montre assez, puisque tout s'y joue sur ce qu'une malkah peut demander à un roi et à quel prix. Mais elle ne répond d'aucun territoire, et c'est la différence.
Un chant de noces le confirme d'un seul trait en mettant le mot au pluriel, à côté des concubines et des jeunes filles : soixante sont des malkah, quatre-vingts des concubines (melakhot ufilagshim / מְלָכוֹת וּפִילַגְשִׁים). On ne compte pas ainsi des souveraines. On compte ainsi des positions dans une maison.
Ce que le mot ne fait jamais
Il y a une femme, dans tout le corpus, qui a réellement tenu le trône. Elle a régné six ans sur le pays, elle a fait exécuter la descendance royale, et les récits la nomment dix-sept fois.
Pas une seule de ces dix-sept fois ne l'appelle malkah. Le corpus emploie pour elle le verbe — elle régna —, et jamais le nom.
Ne saute pas par-dessus ce silence. Il dit que ce mot n'est pas simplement le féminin de melekh : une femme qui exerce la charge n'en reçoit pas pour autant le titre, et une femme qui porte le titre à la cour perse n'exerce pas la charge. Le mot suit la position, pas le pouvoir. C'est d'ailleurs pourquoi il peut nommer aussi bien celle qui vient du midi que celle qui donne un banquet de femmes : dans les deux cas, il nomme la place occupée, et c'est le complément — un pays, ou rien — qui dit laquelle.
Trois femmes que le français confond
Le français n'a qu'un mot, « reine », et il écrase trois positions que l'hébreu tient soigneusement écartées. C'est la distinction que tu cherchais en arrivant ici.
La malkah est celle qui règne, ou celle qui se tient auprès de celui qui règne — trente-cinq emplois. Elle est de la cour et de la carte : ou bien un pays la suit, ou bien un roi.
La geveret est celle qui l'emporte dans sa maison — neuf emplois, dont trois dans *Bereshit* 16. Elle ne va jamais avec un roi : elle va avec une shifchah, et les deux mots nomment les deux bouts d'un même rapport. Sa fiche raconte comment elle perd sa place sans qu'on ait rien prononcé, le jour où une servante conçoit.
La gevirah est la mère du roi — six emplois, aucun dans la Torah. C'est une charge de cour qu'on occupe, dont on peut être démise, et qu'on déporte avec le roi et les fonctionnaires quand la ville tombe.
Tiens l'écart ainsi : la malkah est à côté du trône, la geveret est dans la maison, la gevirah est devant le trône et l'a mis au monde. Aucune des trois n'est le féminin de melekh, et c'est le mot français qui a inventé qu'elles étaient la même.
Ce sur quoi cette fiche repose
Les trente-cinq emplois du lemme dans le témoin, relevés par programme et lus un par un, ce que leur nombre permet : huit en construit sur un nom de pays, vingt-trois sous l'article et sans complément, deux au pluriel, zéro suffixe possessif, zéro emploi dans la Torah.
Le silence sur la femme qui a réellement régné a été vérifié et non supposé : les dix-sept occurrences de son Shem ont été croisées avec les trente-cinq du mot, et les deux ensembles ne se rencontrent jamais.
Les deux voisines ont été distinguées de la même façon, sur les numéros du témoin et non à l'oreille. C'est la précaution qui manquait le 8 septembre, quand deux Shem ont été fondus faute d'avoir regardé l'hébreu avant la translittération.
Le corpus de l'ONT n'a pas encore rencontré ce mot. Il rencontrera d'abord la geveret, qu'il a déjà traduite, et cette fiche devra être relue quand les livres de la cour seront écrits.
Voir aussi
melekh, dont ce mot n'est pas le féminin. geveret, celle de la maison. shifchah, l'autre bout de ce rapport-là. malkhut, la charge dont on lui pose le diadème sur la tête. mamlakhah, le territoire dont elle répond quand un pays la suit.
Formes
malkah · ha-malkah · malkat · melakhot
Source
4436 · מַלְכָּה