Intraduisible
tanninim
תַּנִּינִם
dragons des eaux
Prononciation
tan-ni-NIM — trois syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
La voyelle devant le n n'est pas nasale : on détache, jamais le « on » de « bon » ni le « an » de « banc ».
Cinquième jour. Les eaux grouillent, les oiseaux volent — et le texte s'arrête soudain pour signaler que ʾElohim baraʾ les grands tanninim (tanninim / תַּנִּינִם). C'est le seul groupe d'animaux qui reçoive cette mention, et le seul pour lequel le verbe baraʾ revient dans ce chapitre.
Il faut savoir ce que le mot évoquait, sinon on passe à côté. Le tannin est le monstre marin — le serpent des eaux, celui qui, dans les cosmologies de toute la région, est une divinité du chaos que le dieu créateur doit affronter et vaincre. Chez les voisins, le monde commence par ce combat : on fend la bête, et de son corps on fait le ciel et la terre.
Regarde alors ce que le texte fait de lui. Aucun combat. Aucune divinité. Il est nommé au milieu des poissons et des oiseaux, dans la liste des vivants du cinquième jour, et le texte ajoute — comme pour les autres — qu'il est selon son espèce et que cela est tov.
En une phrase, la puissance primordiale des voisins devient un animal parmi d'autres, un Nefesh vivant que ʾElohim a fait et qu'il a trouvé ajusté à sa destination. Ce n'est pas une négation polémique : c'est un reclassement, et c'est ainsi que le corpus procède partout. Le tehom, qui était Tiamat, est séparé sans être terrassé. Le soleil et la lune, dieux majeurs, ne sont même pas nommés — le grand luminaire, le petit.
Et la mention de baraʾ au milieu de cette liste prend alors son sens. Le texte insiste précisément là où l'on attendait un combat : ces êtres-là aussi ont été inaugurés dans l'existence fonctionnelle, comme tout le reste. Ils n'ont pas d'autre statut.
Le corpus les fera reparaître ailleurs, dans des poèmes, avec des couleurs plus sauvages. Ils n'y seront jamais des rivaux — au pire des créatures immenses, au mieux des bêtes qui jouent dans la mer.