Intraduisible
qaraʾ
קָרָא
nommer
Formes : qaraʾ, vayiqra
Prononciation
qa-RA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le q est un qof : un k produit tout au fond, contre la luette.
ʾElohim sépare la lumière de l'obscurité — puis il qara (qaraʾ / קָרָא) l'une jour, et l'autre nuit. Nous lisons : il leur donna un nom. Et nous croyons à un geste second, une commodité pour s'y retrouver, une étiquette posée après coup sur des choses déjà là.
Ce n'est pas ce que le texte fait. Dans ce monde, nommer achève de faire exister. Le grand poème babylonien s'ouvre là-dessus : lorsque, en haut, le ciel n'était pas encore nommé, rien n'était. Séparer trace la frontière ; qara installe dans l'office ce que la frontière délimite. Les deux gestes forment une opération, pas une action et son étiquetage.
C'est aussi un acte souverain. Nommer, c'est assigner — donc exercer une autorité sur ce qu'on nomme. C'est pourquoi le premier travail confié à l'homme n'est pas de labourer : YHWH ʾElohim fait défiler devant lui les Nefesh vivants pour voir comment il les qara, et ce qu'il dit est leur Shem. On lui confie une part du gouvernement, et c'est par les noms qu'elle s'exerce.
Le verbe garde d'ailleurs son autre sens sans que la langue y voie une ambiguïté : qara veut aussi dire appeler, héler quelqu'un, convoquer. Nommer et appeler sont le même geste — on ne nomme pas dans le vide, on fait venir à sa place.
Et c'est ce qui donne leur poids aux changements de nom. Quand Avram devient Avraham, personne ne lui trouve un surnom : sa fonction change, donc son nom, et il n'y a rien de plus à expliquer. Quand les bâtisseurs de la tour veulent se faire un Shem, ils veulent qara eux-mêmes leur propre place au lieu de la recevoir — et c'est exactement là qu'ils se perdent.
Formes
vayiqra · vatiqraʾ · qara · vayiqraʾu · vayiqra beshem YHWH · qore
Source
7121 · קָרָא