Intraduisible
shavat
שָׁבַת
marquer une cessation
Formes : shavat, vayishbot
Prononciation
sha-VAT — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).
Le sh est un shin : c'est le « ch » de « chat » — dans l'ONT, c'est sh qui porte ce son, jamais ch.
Le septième jour, ʾElohim shavat (shavat / שָׁבַת). On traduit « il se reposa », et l'image qui vient est celle de quelqu'un qui souffle après l'effort — d'où la question que tout le monde se pose un jour : celui qui ordonne le monde serait-il fatigué ?
La question vient du mot français, pas du texte. Shavat ne dit rien de la fatigue. Il dit cesser — et cesser parce que l'ouvrage est accompli, non parce que les forces manquent. Un ouvrier qui pose ses outils au soir n'est pas dans le même état qu'un ouvrier qui abandonne.
Regarde où l'on se trouve à ce moment du récit. Les domaines ont été délimités, les luminaires installés, chaque domaine peuplé de ce qui l'habite, l'image du souverain dressée au centre. Le Temple est monté et il fonctionne. Ce qui reste à faire est ce qu'on fait quand un temple est prêt : y prendre place.
Car dans tout le Proche-Orient ancien, un dieu qui cesse et se tient dans son temple n'est pas au repos — il est installé pour gouverner. Le repos d'une divinité, dans ces textes, est le signe que l'ordre tient : plus rien ne menace, plus rien n'est à reprendre. Le septième jour est un jour d'intronisation.
C'est aussi le seul jour que ʾElohim barakh et met à part. Un jour n'a pourtant rien à faire croître — mais il reçoit une capacité propre, et qadash le retire du compte des jours utiles. Le premier qodesh du corpus n'est ni un lieu ni un objet : c'est du temps.
Le mot donnera Shabbat, et ce qu'on y fait suit exactement le verbe : on cesse. Non pour récupérer, mais pour tenir, une fois par semaine, la posture de celui qui n'a plus à produire pour exister.