Intraduisible
gazaz
Formes : gazaz, gez, gizzah
Prononciation
ga-ZAZ — deux syllabes, accent sur la seconde, qui est la règle générale (§2.12).
Rien ici ne demande un geste que le français ne fasse pas. Le g est toujours dur, comme dans « gare » — et c'est la faute probable, car l'œil français lit ge- comme dans « gel ». Les deux z sont ceux de « zéro ».
Le second se prononce. Le français avale ses consonnes finales ; celle-ci tient. On dit ga-ZAZ, non « ga-za ».
La scène
C'est le printemps, et le troupeau porte sur le dos ce qu'il a fabriqué tout l'hiver.
L'homme prend une brebis, la renverse, la cale entre ses genoux. Les lames se ferment au ras de la peau et remontent. La toison vient d'une seule pièce, épaisse, grasse de suint, encore tiède. Il la pose de côté.
Puis il lâche la bête.
Regarde bien ce moment, parce que tout le mot est là : elle se relève et elle s'en va. Maigre, nue, un peu ridicule — et vivante. On lui a pris ce qu'elle avait produit, et le compte du troupeau n'a pas bougé d'une unité.
Ce que le mot dit
Gazaz (gazaz / גָּזַז) n'est pas le nom d'un métier. C'est l'acte de séparer d'un vivant ce qu'il a fait pousser.
Dis-le dans l'autre sens et la chose apparaît. Pour avoir la viande, il faut tuer. Pour avoir la laine, il ne faut pas. C'est la seule récolte du monde ancien qui se prend sur un être qui continue ensuite à marcher, à paître, et à en refaire l'année suivante.
D'où la portée du mot bien au-delà de la bergerie. Il sert pour l'herbe qu'on fauche, qui repousse ; il sert pour les cheveux qu'on coupe. Iyov, quand tout lui est enlevé, se lève, déchire son manteau et gazaz sa propre tête — il s'applique à lui-même le geste qu'on fait aux bêtes. Mikhah ordonne la même chose à une ville en deuil : tonds-toi pour tes enfants.
Et le mot revient là où l'on ne l'attend pas : *Yeshayahu* 53 montre une brebis muette devant ceux qui la tondent. Le silence a un poids exact, ici. La bête ne se débat pas, parce que ce qu'on lui prend n'est pas sa vie.
Pourquoi la tonte est une fête
Le corpus ne raconte jamais une tonte comme un travail. Il la raconte comme un rassemblement.
On y monte de loin. Yehudah quitte sa maison et monte vers ses tondeurs avec son ami d'Adoullam. Lavan s'en va tondre son troupeau, et l'absence dure. Naval fait tondre ses trois mille brebis au Karmel, et le soir il y a chez lui un festin comme un festin de roi. Avshalom réunit ses tondeurs à Baʿal-Chatsor et fait inviter tous les fils du roi.
La raison est simple, et elle tient à ce qu'on vient de voir. La tonte est le jour où le troupeau rend sans qu'on ait à le tuer. C'est du gain pur : la richesse arrive, et le capital reste debout dans l'enclos. On mange, on boit, on est riche d'un coup et sans perte.
Il faut pourtant noter ce que le corpus place à chaque fois dans ces journées-là, car il ne s'en cache pas. Pendant que Lavan tond, Rachel emporte les teraphim de son père. Tamar guette Yehudah sur la route de la tonte. Les hommes de David sont éconduits à la tonte de Naval, et Naval meurt. Amnon est tué au festin de la tonte d'Avshalom.
Quatre tontes racontées, quatre fois quelqu'un prend quelque chose. Le jour où l'on a la garde baissée et le vin haut est le jour où l'on se fait prendre. Le corpus le montre sans le commenter, et le §4.9 demande de le laisser ainsi.
La bête qu'on ne tond pas
Une seule exception, et elle éclaire tout le reste. *Devarim* 15 : le premier-né mâle du gros et du menu bétail est qodesh pour YHWH — et alors tu ne laboureras pas avec lui, et tu ne le gazaz pas.
L'interdit ne porte pas sur sa mort. Il porte sur son rendement. Ce qui est mis à part n'est plus disponible pour ce qu'on attend normalement d'une bête : ni sa force, ni sa laine. Sa laine pousse et personne ne la prend.
C'est exactement ce que dit le qodesh ailleurs : rien n'est mis à part par sa matière, tout l'est par son assignation. Cette brebis-là a la même laine que les autres. Elle n'a plus le même office.
Formes
gazaz · gozez · gozezim · gozezei · ligzoz · bigzoz · lagoz · tagoz · vayagoz · gozzi · nagozzu
Source
1494 · גָּזַז