La Bible ONT — מקרא הקדם

Intraduisible

radah

רָדָה

gouverner

Prononciation

ra-DA — deux syllabes, accent sur la dernière, qui est la règle générale (§2.12).

Le h final est un he, et il ne se prononce pas : c'est une lettre-support, qui porte la voyelle sans ajouter de son. On dit ra-DA. Ne pas l'aspirer — et ne pas le confondre avec le he initial de hineni, qui s'entend, lui.

Le verbe tombe au moment le plus lourd du premier chapitre : l'homme est fait tselem, et aussitôt — qu'ils radah sur les poissons, les oiseaux, les bêtes, toute la Terre.

On traduit « qu'ils dominent », et c'est ce mot qui a servi pendant des siècles à justifier qu'on prenne tout. Il faut donc regarder de près ce que le verbe fait ailleurs dans le corpus, puisque c'est le seul moyen de savoir ce qu'il veut dire.

Il désigne l'autorité d'un représentant royal sur un territoire — celle d'un gouverneur, d'un intendant, d'un vice-roi. Elle est déléguée : celui qui l'exerce n'est pas propriétaire, il rend compte. Et le corpus la juge : un intendant qui radah (radah / רָדָה) avec dureté est dénoncé par les neviʾim, précisément parce que ce n'est pas ce qu'on attend de lui.

Or l'homme vient d'être déclaré tselem. Les deux phrases se suivent, et la seconde découle de la première : la statue du roi est dressée dans la province, et elle y gouverne pour lui. Un tselem qui saccagerait le domaine ne serait pas un mauvais propriétaire — il serait un représentant infidèle, ce qui est autrement grave. Il trahit non pas une morale, mais sa fonction.

Le verbe voisin, kavash, va dans le même sens et se traduit d'ordinaire par « soumettre ». Il dit la prise en charge d'un territoire — l'occuper, s'y installer, le rendre habitable. Pas l'exploiter jusqu'à l'épuisement.

Le second chapitre confirme en changeant de vocabulaire. La charge y est dite avad et shamar, servir et garder — la paire qui décrira le travail des lévites dans le Tabernacle. Gouverner, ici, c'est desservir. Les deux chapitres ne se contredisent pas : ils disent la même charge, l'un dans le vocabulaire du palais, l'autre dans celui du sanctuaire.